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L’hypocrisie de Guzzo et de ses semblables

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Le 1er octobre, les exploitants de salles de cinéma ont fait parvenir au premier ministre François Legault, à trois de ses ministres et au docteur Arruda, une lettre indignée suite à la fermeture de leurs établissements.

Les exploitants avaient conscrit des dizaines d’autres défenseurs de la culture, dont certains comme Monique Jérôme-Forget, Fred Pellerin et Julie Le Breton, n’ont rien à voir avec les salles de cinéma. Eux et tous les autres artisans du cinéma québécois qui ont signé ne se rappellent donc pas l’indifférence, pour ne pas dire le mépris dont ont toujours fait preuve les exploitants de salles à l’égard des films québécois ?

Ils ont sans doute signé les yeux fermés sans lire les arguments fallacieux qu’avancent les exploitants. « On est arrivé à un point, a déclaré Vincent Guzzo, où on (le gouvernement) fait du n’importe quoi, n’importe comment ! »

Les exploitants reprennent les arguments que déclinent ad nauseam les propriétaires de bars et de gymnases, les restaurateurs, les directeurs de théâtre et de salles de spectacles. Selon toutes ces personnes, leurs établissements ne sont responsables d’aucune éclosion. Sur quoi se basent-ils pour faire pareille affirmation ? Si aucun lieu n’est responsable d’une infection, comment expliquer que nous ayons 843 cas et plus chaque jour depuis le début d’octobre ?

QUELLE TRAGÉDIE ?

La lettre des exploitants sombre dans l’imposture lorsqu’ils affirment que l’éventuelle fermeture définitive de plusieurs salles serait une « tragédie pour tout l’écosystème cinématographique québécois » et que la population sera « la plus grande perdante ». Que va-t-on perdre réellement quand on sait que seulement 1,5 million de personnes ont vu des films québécois en salles, l’an dernier ? Même pas le nombre d’aficionados de District 31 en un seul soir ?

Les exploitants écrivent encore qu’advenant pareille tragédie (?), « les producteurs, réalisateurs, scénaristes, artistes et artisans... perdront leur principale source de revenus ». Quelle grossière plaisanterie ou quelle vile tromperie ? Depuis la création de Téléfilm en 1984, on a produit plus de 1000 longs métrages québécois. On peut compter sur les doigts d’une seule main les producteurs ayant touché un quelconque retour sur leur investissement. À part leurs cachets de départ, je serais étonné d’apprendre qu’un seul scénariste ou un seul artiste ait touché la moindre royauté additionnelle par la suite. Pas plus Denys Arcand que les autres. Quant aux artisans, ils ont presque toujours travaillé au rabais.

QUI DEVRAIT COMPENSER ?

Les exploitants demandent enfin au gouvernement de « compenser rapidement les pertes qu’ils encourent ». Depuis la réouverture de plusieurs salles en juin et en juillet, la plupart étaient presque désertes. D’abord parce que les cinéphiles ne veulent pas courir le risque d’y aller tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de traitement efficace pour la COVID-19 et, ensuite, parce qu’il n’y a pas de films qui les attirent. 

Les uns après les autres, les grands studios ont reporté de plusieurs mois la sortie de leurs blockbusters. C’est pour cette raison que Cineworld, le deuxième plus gros exploitant au monde, vient de fermer toutes ses salles des États-Unis, de Grande-Bretagne et d’Irlande pour une période indéterminée.

Que Vincent Guzzo et ses semblables réclament plutôt compensation auprès des grands studios américains. Ils sont les seuls responsables de leur mauvaise situation. Qu’ils n’essaient pas de nous attendrir ou d’attendrir le gouvernement en brandissant le cinéma québécois sur lequel ils ont toujours levé le nez et qui compte à peine pour 8 % de leurs revenus.