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Des chevaux-vapeur aux sports équestres

L’ancienne pilote automobile Valérie Chiasson assouvit sa passion en Europe

Valérie Chiasson
Photo courtoisie, Valérie Chiasson Valérie Chiasson, ancienne pilote automobile

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Les carrières de la majorité des pilotes automobiles sont parsemées de hauts et de bas. Parfois, un accident peut tout faire basculer et un passionné du volant peut être poussé vers une autre direction. Valérie Chiasson a dû se résigner à prendre cette décision difficile en 2017.

Valérie Chiasson
Photo d'archives

La pilote de 28 ans participe alors à une course de la série Porsche GT3 au circuit de Zandvoort, aux Pays-Bas.

Au cours de cette épreuve, Chiasson est victime d’un accident. Elle a un léger accrochage avec un autre pilote alors que les deux pilotes sont côte à côte. Après l’impact, elle n’est pas inquiète pour son état de santé.

Cependant, elle ignore qu’une épée de Damoclès vient d’être placée au-dessus de sa tête.

« Ce n’était pas le plus gros accident de ma carrière, mais c’est celui qui m’a fait le plus mal, raconte Valérie Chiasson lors d’un long entretien avec Le Journal de Montréal.

« Sur le coup, je ne me suis pas rendu compte de la force de l’impact. J’ai pris un coup dans les roues. J’ai eu un peu de difficulté à sortir de ma voiture. »

C’est sa mâchoire qui a encaissé le plus gros de l’impact. Elle a été déplacée, avec les conséquences que ça peut amener.

18 mois d’enfer

Lors des mois suivants, Chiasson a vécu un véritable enfer.

« Ma mâchoire est connectée à l’équilibre de l’eau dans mes oreilles, explique-t-elle. Après mon accident, j’avais un gros débalancement. J’étais souvent étourdie. »

Malgré ce problème de santé important, Chiasson a continué de faire des courses, mais non sans désagrément.

Valérie Chiasson
Photo Pierre-Paul Poulin

« Je vomissais chaque fois que j’embarquais dans la voiture, surtout dans la série Porsche GT3. J’étais malade toutes les fois. Ça m’a complètement déséquilibrée.

« C’était comme d’avoir les effets d’une otite en permanence. C’était désagréable. La force G que j’encaissais dans la classe Porsche empirait mes symptômes. »

Lors de sa dernière visite au Grand Prix de Montréal, en 2017, elle n’avait pas pu faire d’activités promotionnelles tellement elle était mal en point. Elle allait se coucher entre les séances sur la piste.

Coup de massue

Peu de temps après, la Québécoise subit un autre coup dur. Elle est victime d’une occlusion intestinale. Les médecins décident alors de mettre la pilote au repos pour trois mois.

« J’avais le ventre gonflé comme une femme qui est enceinte de sept mois. Ils m’ont arrêtée parce qu’ils ne trouvaient pas ce que j’avais. »

Chiasson ne le savait pas, mais elle venait d’amorcer un long chemin de croix qui allait durer 18 mois.

« Je ne compte plus les scans et les ultrasons que j’ai passés au Québec et en Europe. J’ai eu un appareil spécial pour ma mâchoire durant toute cette période, qui me permettait d’équilibrer mes liquides.

« Par contre, les médecins m’ont confirmé que ça ne reviendra jamais à 100 %. Je me suis donc habituée à ma condition. »

Durant cette période difficile, elle décide de tirer un trait sur la course automobile.

« Lors de mes dernières épreuves, je me trouvais un peu moins bonne et je n’étais plus capable de livrer les mêmes performances qu’avant. Ça me décevait tellement, et en plus, je ne me sentais pas bien.»

Elle a recouvré la santé dans les premiers mois de 2019, mais elle doit se faire replacer la mâchoire tous les trois ou quatre mois.

Van Go à la rescousse

Durant ses années de course automobile, Chiasson a toujours entretenu une passion pour les chevaux.

Elle a eu la piqûre de l’équitation à l’âge de 7 ans, peu de temps avant d’effectuer ses premiers tours de roue en karting.

« J’ai toujours eu des chevaux durant ma vie, mentionne l’athlète de 31 ans. J’ai déjà gagné des championnats du Québec à l’âge de 12 ans. J’ai aussi participé aux Jeux du Québec. 

« Puis, j’ai tout vendu pour me lancer à fond dans ma carrière de pilote de course. En 2010, j’ai décidé de me racheter des chevaux. J’ai commencé à faire du dressage. C’était ma passion secrète.

« C’est ce qui me faisait tout oublier. »

Après avoir établi sa résidence principale au Luxembourg il y a quelques années, Chiasson a fait venir son cheval du Québec. Elle voulait que Van Go soit près d’elle.

« Lorsque j’ai eu mon accident, j’ai recommencé à le monter sur une base régulière. Ça m’a grandement aidée à retrouver ma forme physique et mon équilibre.

« C’est fou la différence que j’ai constatée. Van Go est un cheval spécial. On a franchi plusieurs étapes ensemble et j’ai beaucoup appris de lui. »

Danger accru

En piste, Chiasson n’hésitait pas à prendre des risques pour gagner des positions au classement. Elle croit cependant que les sports équestres sont plus dangereux que la course automobile.

« Un cheval, ça te demande ton 100 %. Si tu n’es pas pleinement concentré, c’est la chute assurée. Les chevaux que je monte sont assez rock’n roll.

« Je monte de jeunes chevaux et c’est très risqué. Ce l’est plus que la course. »

Après plusieurs mois d’entraînement, Chiasson a repris goût à la compétition. Elle a retrouvé la même adrénaline qu’elle avait lorsqu’elle était derrière le volant.

« Tout est dans l’attitude. Je suis beaucoup moins stressée que dans ma jeunesse, mais l’excitation de la compétition est encore bien présente. »

Le lien qui unit Chiasson et Van Go est très fort. Ce n’est pas un hasard si le fait de remonter à cheval a permis à l’athlète de retrouver son équilibre dans toutes les facettes de sa vie.

Elle peut maintenant regarder vers l’avenir avec optimisme avec ses chevaux à ses côtés.

Objectif : les JO de 2028  

Après avoir été contrainte d’abandonner la course automobile, Valérie Chiasson est revenue à ses premières amours : les chevaux. Elle vit maintenant au Luxembourg et
participe à des concours équestres en Europe.
Photo courtoisie, Valérie Chiasson
Après avoir été contrainte d’abandonner la course automobile, Valérie Chiasson est revenue à ses premières amours : les chevaux. Elle vit maintenant au Luxembourg et participe à des concours équestres en Europe.

Valérie Chiasson veut tenter d’aller le plus loin possible dans les sports équestres. Elle vise même une participation aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles.

« C’est mon objectif, explique celle qui représente le Canada dans ses compétitions. Mon cheval Quality 44 aurait le bon âge pour y participer. »

Toutefois, pour obtenir sa participation aux JO, la route sera longue. Elle est bien consciente qu’elle pourrait avoir des embûches sur sa route.

Pour se donner les meilleures chances possible de participer à cet événement planétaire, elle veut acheter d’autres chevaux. Si elle est capable d’en dresser plusieurs dans les prochaines années, elle aura le choix de la mouture avec qui elle fera le processus des qualifications olympiques. Par contre, une bête de compétition ne se trouve pas à tous les coins de rue.

« Quality, qui est de race Hannovrian, ça m’a pris huit mois pour le trouver dans un encan en Allemagne. Lorsque je l’ai acheté en avril 2019, je suis allée à la limite de mon budget. Mon cœur me disait que c’était le cheval de ma vie.

« Toutefois, je n’étais pas certaine de mon achat. Mes entraîneurs n’étaient pas d’accord en raison du caractère farouche de Quality. La chimie entre une cavalière et sa monture, c’est crucial. »

Patinage artistique

Depuis le mois d’août, Chiasson a recommencé à participer à des concours de dressage.

« C’est l’épreuve qui est la plus difficile de l’équitation. Il y a beaucoup d’apprentissages. C’est l’équivalent d’aller à l’école sans arrêt.

« C’est comme le patinage artistique des sports équestres. Tu as des figures imposées à présenter et aussi un programme libre avec de la musique. »

C’est dans cette spécialité qu’elle compte prendre part aux Jeux olympiques. Ça lui demandera au minimum une dizaine d’années d’entraînement et de compétitions à travers le monde avec son cheval pour y parvenir. Une tâche colossale qui ne l’effraie pas.

Si elle parvient à atteindre son objectif, Valérie Chiasson pourra dire qu’elle est synonyme de persévérance et de détermination.