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Deux tragédies en une

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Wendake. Deux enfants, 2 et 5 ans, assassinés. Un homme, Michaël Chicoine, accusé de meurtre au deuxième degré. La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pointée.

Elle aurait reçu au moins trois signalements, mais n’a rien fait. Encore des enfants parmi tant d’autres, échappés par le « système ». Comme pour la fillette de Granby, de jeunes vies fauchées parce qu’elles n’ont pas été protégées par ceux dont c’est pourtant la mission. 

C’est en fait l’histoire de deux tragédies en une. La première – le meurtre de deux enfants. La deuxième – l’abandon de l’accusé par un autre « système », celui de la santé, avant qu’il passe à l’acte.

Double abandon

Dans une lettre crève-cœur, la mère de l’accusé, Mylène Chicoine, en fait le récit. Souffrant de problèmes graves de dépression, jamais son fils n’a reçu les soins dont il avait besoin. Même pas après une tentative de suicide.

« Dieu sait qu’il a demandé de l’aide à plusieurs reprises », écrit-elle. Aussi bien crier dans le désert. Elle raconte qu’aucune place n’était « disponible pour lui à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec ni au Centre de crise de Québec ». Aucune.

« Son médecin de famille a tout fait pour qu’il obtienne de l’aide appropriée, mais les portes se sont refermées », ajoute-t-elle. Refermées. « Le seul suivi qu’il a obtenu est un appel téléphonique [...] d’un psychiatre, lequel appel a duré à peine dix minutes. Le spécialiste lui alors prescrit une médication, sans autre consultation. » Dix minutes.  

Gâchis

Rien de cela ne le dédouane de ce dont il est accusé. Cette double tragédie braque néanmoins les projecteurs sur la culture de négligence installée à la DPJ et la quasi-impossibilité d’obtenir au public un suivi rapide et soutenu en psychiatrie ou psychologie.

Le résultat ? La mort de deux garçons. Leur mère et leurs grands-parents détruits. Une communauté traumatisée. Aucune enquête ne les guérira ni ne ramènera ces enfants à la vie. 

Encore une fois, l’urgence de réformer la DPJ et de donner enfin accès aux gens à des soins psychologiques soutenus nous crève les yeux. Quel gâchis !