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L’économie circulaire au cœur de la prochaine révolution industrielle

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On sait que la planète est malade. Pour renforcer son système immunitaire, elle aura besoin d’humains engagés dans tous les secteurs d’activités, notamment pour produire autrement ce dont nous avons besoin.  

Dans les grands forums économiques, on parle beaucoup du rôle joué par le numérique dans la prochaine révolution industrielle, mais aussi d’économie circulaire. Même à Davos, les leaders en appellent à une sortie du modèle «extraire, consommer, jeter» qui menace la vie sur Terre. C’est ce que propose l’économie circulaire. 

Transformer les pratiques

L’économie circulaire s’inspire de la nature, où le «déchet» d’un être vivant est une «ressource» qui répond aux besoins d’un autre. Cet échange s’inscrit dans un cycle quasi infini où rien ne se perd, rien ne se crée: tout se transforme.

On n'a qu’à penser aux feuilles mortes d’un arbre qui deviennent un abri pour des insectes. Puis, en se compostant, grâce à l’action des champignons et des micro-organismes, ces feuilles se transforment en engrais pour les végétaux qui poussent au pied de l’arbre et enrichissent le sol tout en nourrissant l’arbre. Tout cela dans un grand cycle aux interactions multiples et complexes.

Ainsi, dans la nature, il n’y a ni gaspillage ni déchet, et c’est ce à quoi aspire l’économie circulaire. On cherche à réduire l’empreinte écologique à toutes les étapes de production d’un bien ou d’un service durant tout son cycle de vie, comme lors de l’extraction des matières premières ou en ce qui concerne la consommation d'eau et d’énergie nécessaires à chacun des stades de transformation et de transport, et ce, jusqu’au terme de sa vie utile. 

Écoconception

Réintégrer la matière usagée comme une ressource dans le cycle de production au lieu d’extraire des matières premières de la nature, c’est là une façon de réduire la production de déchets. 

C’est le propre de l’écoconception, qui cherche à appliquer le principe des «5R» à chacune des étapes du cycle de vie d’un produit: Réduire, Réparer, Réutiliser, Refabriquer et Recycler. Ce faisant, on fabrique des produits plus durables, de surcroît réparables, ce qui fait un pied de nez à l’obsolescence programmée

Dans le même esprit, on privilégie l’utilisation d’énergie et de matières renouvelables gérées de manière écologique, pour réduire la place occupée par les ressources non renouvelables, comme les énergies fossiles et les produits miniers. Comme ça, on utilise moins de ressources et d’énergie en amont et on produit moins de déchets en aval.

Source: Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie. 

Des projets concrets

De plus en plus de projets en économie circulaire sont en cours un peu partout à travers le Québec et la planète. Plusieurs touchent le secteur agroalimentaire, mais aussi les métaux, le textile, l’énergie, le secteur forestier, etc. 

À Baie-Saint-Paul, la Laiterie de Charlevoix convertit ses rejets de lactosérum (un résidu de la fabrication du fromage) en méthane qu’elle utilise pour chauffer l’eau nécessaire aux activités de l’entreprise. 

Ce processus de biométhanisation produit des boues de phosphore. Épandues dans les champs, ce «déchet organique» sert d’engrais aux végétaux qui nourrissent les vaches dont le lait sert à la fabrication du fromage. 

À Montréal, l’entreprise Loop récupère les fruits et les légumes moches de grands distributeurs alimentaires pour en faire de délicieux jus pressés à froid. Quant à la pulpe résiduelle qui reste, elle la donne à l’entreprise Wilder & Harrier, qui l’utilise pour fabriquer des gâteries pour chiens.

Symbiose industrielle

L’économie circulaire peut aussi s’exprimer quand on permet à des entreprises de s’échanger des ressources entre elles: la matière résiduelle ou l’énergie de l’une devient une matière première pour l’autre. C’est ce que l’on appelle de la symbiose industrielle. 

Plusieurs organisations, dont plusieurs Sociétés d'aide au développement des collectivités (SADC) et Centres locaux de développement (CLD) jouent un rôle de catalyseur en facilitant la création de liens de coopération entre différents acteurs économiques de leurs régions.

C’est le cas du CLD de Brome-Missisquoi qui répertorie notamment les offres et les demandes de matériaux de plus d’une centaine d’entreprises. Depuis 2014, cet organisme sans but lucratif a contribué à la formation de plus de 300 employés et à la mise en valeur de 5000 tonnes métriques de matières résiduelles: bois (palettes, meubles, sciures, etc.), plastique (barils, styromousse, tuyaux, etc.), métal (accessoires de machinerie agricole, chariots, aluminium, etc.), produits chimiques (acides, bases, solutions, chaux calcique, etc.). 

Québec circulaire

À l’échelle du Québec, la plateforme Québec circulaire a été créée pour faciliter l’accès à l’information sur l’économie circulaire et la formation de liens entre les acteurs de l’économie privée, sociale ou publique à travers tout le territoire. Ainsi, on y trouve des entrepreneurs, mais aussi des chercheurs et des sociétés d’État comme Recyc-Québec

En faisant le tour des nombreuses initiatives présentées par Québec circulaire, force est de constater que la transition est bel et bien amorcée. L’économie circulaire aura cependant besoin qu’on lui donne un élan pour se déployer véritablement. 

Tant qu’on ne tiendra pas compte du vrai coût environnemental et social de tout ce que l’on produit et gaspille, l’économie circulaire aura du mal à prendre toute la place qui lui revient. 

Il faudra qu’un jour, les gouvernements aient le courage de mettre en place des règles du jeu qui fassent en sorte qu’il ne soit pas permis de polluer impunément, surtout lorsque des solutions existent pour faire autrement. Les biens les plus écologiques doivent coûter moins cher que ceux qui polluent, ce qui n’est pas le cas en ce moment.

Ces changements sont possibles. Ce qu’il manque, c’est de la volonté politique qui ne pourra venir que si les citoyen.ne.s se font entendre clairement.  

En attendant, nous devons compter sur l’audace d’entreprises pionnières aux modèles d’affaires qui respectent les limites planétaires. Celles-ci méritent notre soutien de consommateur, parce qu’acheter, c’est aussi un moyen de voter.