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Pourquoi le prix du bois d’œuvre a-t-il explosé dans les derniers mois?

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Le prix du bois d’œuvre a atteint des sommets inégalés dans les derniers mois, provoquant une hausse importante du prix de construction de maisons neuves. Les acheteurs, les entrepreneurs et les distributeurs en vivent tous les contrecoups, alors que l’industrie forestière se frotte les mains.

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« Pour nous, ça s’est traduit par une perte parce que nous sommes dans un marché de premiers acheteurs, » explique Marco Poulin, copropriétaire de Construction CRD, une entreprise spécialisée dans la construction résidentielle.  

Les Québécois s’étant fait construire une maison au cours des derniers mois peuvent en témoigner. Le prix du bois d’œuvre a assurément fait grimper leur facture en flèche, mais les acheteurs ne sont pas les seuls à avoir payé plus cher.  

« C’est nous qui avons dû absorber la différence de coûts, explique M. Poulin. On n’a pas augmenté le prix des maisons pour faire un bénéfice, mais parce que le bois nous coûtait environ 10 000 $ de plus pour une maison unifamiliale. » 

« Ça augmente le prix des maisons et ça élimine pas mal d’acheteurs dans notre marché de premiers acheteurs, » affirme M. Poulin.  

Même son de cloche chez les quincailliers qui distribuent aux entrepreneurs. La hausse des prix n’a pas eu d’effet bénéfique majeur sur ces entreprises.   

« Les prix étaient hallucinants, lance Patrick Delisle, directeur marketing chez Canac. Ce sont des sommets historiques pour le bois d’oeuvre. Certaines denrées ont triplé, voire quadruplé au niveau du prix. » 

Même s’ils vendaient leur bois plus cher, le profit ne suivait pas la même courbe.  

« On est habitués à vendre le moins cher possible et prendre des petites marges parce que nous sommes dans le volume, explique M. Delisle. La marge, on la maintient au minimum, mais les prix augmentent quand même. Les gens vont penser que nous prenons une grosse marge parce que nous profitons de la COVID, mais ce n’est vraiment pas le cas. » 

Après le report et l’annulation de plusieurs projets immobiliers en raison des prix exorbitants du bois d’œuvre, la situation commence enfin à se stabiliser. Si les commerçants, les entrepreneurs et les acheteurs ont tous été perdants pendant cette ruée vers le bois, on ne peut en dire autant des scieries.  

Boom dans l’industrie forestière  

Le phénomène des derniers mois est du jamais vu pour les entrepreneurs en construction, pour les distributeurs, mais aussi pour l’industrie forestière. L’effet de la COVID-19 aura été profitable pour cette industrie, même si elle s’attendait au pire. 

« Ça fait de nombreuses années que le marché du bois d’œuvre n’a pas été aussi favorable, » lance Louis Bouchard, Directeur principal, Affaires publiques et relations gouvernementales chez Produits forestiers Résolu. 

« Ce qui est arrivé avec la COVID-19, c’est qu’il y a eu une très grande crainte d’un affaiblissement des mises en chantier. Quand le virus s’est pointé à l’horizon en mars, il y a eu une baisse de la production dans beaucoup de scieries, y compris chez Résolu, pour ne pas avoir de surplus d’inventaire. »  

Après un mois de mars plus tranquille, c’est l’effet inverse qui a été observé. Le marché du bois d’œuvre est historiquement assez stable et prévisible au niveau de l’offre et la demande, mais les derniers mois ont complètement changé la donne. 

« Le confinement a amené des rénovations domiciliaires, des mises en chantier et ça nous a amené un phénomène qu’on ne voit jamais, raconte M. Bouchard. Cette année, la courbe de demande a fait un pic vers le haut presque sans arrêt alors que la courbe d’offre s’en allait vers le bas. On essaie encore de rattraper le gap et on n’y arrive toujours pas. » 

Si les prix commencent enfin à se stabiliser après des mois, les scieries, elles, continuent à rattraper le temps perdu. 

« Y’a pas une seule scierie au Canada qui ne fonctionne pas au maximum de ses capacités en ce moment, » affirme M. Bouchard. 

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