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Loop Industries: rapport accablant pour une entreprise d’ici

Une firme de recherche américaine avance que la technologie de Loop Industries ne vaut rien

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Photo tirée du site web de Loop Industries Les locaux de Loop Industries, à Terrebonne, où travaillent une cinquantaine de personnes.

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L’action de l’entreprise québécoise Loop Industries a chuté de 35 % en deux jours après la publication d’un rapport accablant qui avance que sa technologie de recyclage du plastique ne vaut strictement rien. Québec et Ottawa ont investi au moins 5 millions de dollars dans Loop.

• À lire aussi: Allégations concernant de «fausses déclarations»: déjà des actions collectives contre Loop Industries

Le titre de Loop Industries a clôturé hier à 7,55 $ US au Nasdaq, ce qui donne une valeur de 319 M$ US à l’entreprise de Terrebonne. Au début du mois, elle valait plus de 500 M$ US.

Mardi, la firme américaine Hindenburg Research a diffusé un rapport détaillé sur Loop en s’appuyant sur des entrevues avec d’ex-employés, des partenaires d’affaires et des experts ainsi que sur des documents de l’entreprise.

«Écran de fumée»

«Loop Industries n’a jamais généré de revenus, mais se présente comme un innovateur technologique ayant une solution “éprouvée” qui “mène la révolution du plastique durable”. Notre recherche indique que Loop n’est qu’un écran de fumée sans technologie viable.»

Hindenburg, qui a été fondée en 2018 par Nathan Anderson, un analyste financier agréé (CFA), prédit que la valeur de Loop tombera à zéro lorsque l’encaisse de l’entreprise – 48 millions $ US – sera épuisée. 

Notons que Hindenburg mise sur la chute de l’action de Loop puisqu’elle détient une position à découvert dans l’entreprise.

Loop prétend pouvoir décomposer le plastique PET des bouteilles de boissons de façon chimique, c’est-à-dire en le dissolvant. L’industrie préconise actuellement la décomposition mécanique, soit par chauffage.

  • Écoutez la chronique de François Lambert avec Geneviève Pettersen à QUB radio:

L’entreprise a été fondée en 2014 par Daniel Solomita, un ancien consultant informatique. Au cours d’une brève rencontre hier avec Le Journal à sa résidence de Lorraine, M. Solomita n’a pas voulu commenter les révélations de Hindenburg.

Brevets

Les technologies de Loop sont couvertes par un brevet et des brevets en instance détenus par Hatem Essaddam et ses deux fils, Adel et Fares. Adel Essaddam, qui est le «scientifique en chef» de Loop, a étudié en transformation des matériaux composites au cégep de Saint-Jérôme.

«Les affirmations que [Hindenburg] fait sont soit non fondées, incorrectes ou basées sur la première version de la technologie de Loop, connue sous le nom de Gen 1, qui a été employée de 2014 à 2017», a réagi l’entreprise dans un communiqué publié mardi. Or, le rapport de Hindenburg aborde également la version actuelle de la technologie, Gen 2.

M. Solomita détient 47 % des actions de Loop. En 2019, il a eu droit à une rémunération totale d’un peu plus de 5 millions $.

Le numéro deux de Loop, Nelson Gentiletti, est un ancien dirigeant de Transcontinental et de Transat. Il siège au conseil d’administration de Cascades. Mardi et hier, M. Gentiletti et deux administrateurs de Loop, dont Laurence Sellyn, un ancien dirigeant de Gildan, ont profité de la baisse du cours de l’entreprise pour acheter des actions.

Hindenburg a soumis son rapport à la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis. Joint par Le Journal, l’organisme n’a pas voulu dire s’il avait ouvert ou non une enquête sur Loop.

Stéphanie Corrente, une porte-parole de Loop, a indiqué hier au Journal que l’entreprise prévoyait ouvrir une première usine en Europe en 2023 en collaboration avec le géant français Suez.

Des révélations saisissantes   

Le rapport fort détaillé de Hindenburg Research sur Loop Industries regorge d’allégations renversantes à propos de l’entreprise de Terrebonne. En voici quelques-unes .

Des facilitateurs au passé trouble

Hindenburg affirme que Henry Lorin, qui a plaidé coupable de fraude en valeurs mobilières en 1989, et Lance Bauerlein, qui a fait de même en 2015, ont aidé Daniel Solomita à récolter des fonds pour lancer Loop Industries.

Deux laboratoires en parallèle

D’ex-salariés de Loop ont raconté à Hindenburg que l’entreprise exploitait deux laboratoires : l’un réservé à Hatem Essaddam et à ses deux fils, «où des résultats incroyables étaient réalisés», et un autre «où les simples employés étaient incapables de reproduire les résultats soi-disant révolutionnaires».

Des ententes chancelantes

Loop s’est vantée d’avoir conclu des partenariats avec des géants comme Coca-Cola, PepsiCo, Danone et L’Oréal. Mais selon Hindenburg, ces ententes n’ont mené à rien jusqu’ici. «Nous n’avons encore reçu aucun rPET [plastique PET recyclé] à 100 % de la part de Loop Industries», a confirmé au Journal Shanna Wendt, vice-présidente aux communications chez Coca-Cola European Partners.

Une technologie déjà connue

Des experts consultés par Hindenburg soutiennent que la technologie de Loop n’est en rien révolutionnaire et que si elle n’est pas utilisée, c’est qu’elle n’est pas économique. «Laisser entendre que c’est “nouveau” et que c’est “simple et facile” et rentable comme procédé, ce n’est juste pas vrai», a dit l’un d’entre eux, sous le couvert de l’anonymat.

- Avec la collaboration de Martin Jolicoeur

Environ 5 M$ en aides de Québec et d’Ottawa  

Les gouvernements provincial et fédéral via différents programmes ont injecté environ 5 millions $ dans la division canadienne de Loop Industries, au cours des dernières années. 

Selon un communiqué publié en septembre 2019 qu’on retrouve sur le site du ministère de l’Économie et de l’Innovation, Québec a attribué un prêt de 4,6 M$ à Loop Canada afin d’appuyer un projet d’expansion de l’usine pilote de la compagnie à Terrebonne.  

L’ensemble de la facture de ce chantier était alors évaluée à 9,3 millions $. Hier, il n’a pas été possible de savoir si ce projet avait été complété. 

C’est le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui avait fait l’annonce de ce prêt provenant du Programme Essor – Appui au projet d’investissement. Il a été octroyé en collaboration avec Investissement Québec. Le projet devait mener à la création de 22 emplois. 

Aucune action détenue

Une clause dans l’entente pour le prêt prévoyait lors de la signature un moratoire de 36 mois concernant les remboursements. Ensuite, le capital et les intérêts devaient être payés en 84 mensualités. 

Des bons de souscription avaient aussi été accordés au gouvernement du Québec dans le cadre de ce financement, peut-on lire dans le communiqué. 

Hier, le ministère de l’Économie n’a pas voulu dévoiler les sommes encore dues par l’entreprise, ces informations étant de nature confidentielle. Le gouvernement a toutefois précisé dans un courriel ne détenir aucune action dans Loop Canada ou dans Loop Industries. 

En 2017, Loop Canada avait aussi reçu une aide financière de 94 000 $ du gouvernement provincial via le programme PME en action. 

Par ailleurs, Loop Industries a également reçu 325 248 $ du Conseil national de recherches du Canada en avril 2020, volet programme d’aide à l’innovation.

– Avec la collaboration de Jean-François Gibeault