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Des nouvelles du Sud

Luis Arce, le candidat du MAS (Mouvement vers le socialisme) aux élections en Bolivie
Photo AFP Luis Arce, le candidat du MAS (Mouvement vers le socialisme) aux élections en Bolivie

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À quelques jours des élections en Bolivie, la partie est loin d’être gagnée pour les forces progressistes, même si, selon les derniers sondages, Luis Arce, le candidat du MAS (Mouvement vers le socialisme), peut s'attendre à remporter les élections dès le premier tour, avec 42% des intentions de vote. Ses deux rivaux de droite, Mesa et Camacho, obtiendraient 30% et 22% des votes. Or, selon la loi électorale en vigueur en Bolivie, est proclamé gagnant dès le premier tour le candidat qui obtient plus de 40% des votes avec une différence de 10 points avec son plus proche rival. Ce qui sera fort probablement le cas le 18 octobre, et le Mas reviendrait ainsi au pouvoir.

Mais... on se souviendra que c’est dans cette même situation que, l’an dernier, le président sortant Evo Morales avait été proclamé vainqueur, ce que n’avait pas reconnu l’opposition en accusant le dirigeant du MAS de fraude électorale et en organisant contre lui un coup d’État mou, le forçant à s’exiler.

Croyez-vous que les États-Unis vont accepter ce nouveau camouflet, qui supposerait un réalignement des forces en Amérique latine et la perte des précieuses ressources naturelles de ce pays riche en lithium? On a convoqué des observateurs internationaux pour témoigner du bon déroulement du scrutin, mais bon nombre de ces observateurs dits impartiaux proviennent de la même mouvance que ceux qui avaient accusé à tort Morales de fraude. Le pire est à craindre dans ce pays appauvri par la crise du nouveau coronavirus.

Argentine

Une preuve que les États-Unis n’entendent pas céder de terrain dans ce qu’ils considèrent comme leur cour arrière, l’Amérique du Sud. Le FMI (Fonds monétaire international) vient de remporter une première manche en Argentine, pays qu’on avait vu récemment se ranger parmi les forces progressistes avec l’élection d’un président qui se définit pourtant comme «libéral progressiste». L’ambassadeur états-unien a accepté de prêter main-forte à l’Argentine dans ses négociations avec le FMI, en échange de quoi l’Argentine a accepté de condamner le Venezuela, jusque-là considéré comme pays ami, devant le Conseil des droits de la personne de l’ONU, ce dont s’est réjoui l’ambassadeur états-unien. 

Cette décision inattendue a surpris bon nombre de membres du gouvernement, dont certains ont démissionné. D’autant plus que des pays voisins comme la Bolivie, l’Équateur, le Chili, le Brésil et la Colombie ne font l’objet d’aucune sanction de la part de cet organisme, alors que des violations, des arrestations arbitraires, des assassinats, des violences de toutes sortes sont rapportés chaque jour.

De son côté, le chef du Commando Sud des États-Unis se réjouit lui aussi de cette décision, comme on pouvait s’y attendre, se disant convaincu que ce nouveau revers favorisera un peu plus le renversement du gouvernement Maduro, tâche à laquelle il se consacre depuis longtemps, admet-il. On pourrait s’attendre à ce qu’il mise plutôt sur le jeu démocratique, puisque des élections législatives auront lieu en décembre dans ce pays andin, mais, comme le chef militaire semble incapable de contrôler les forces en présence, il préfère la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton.

Il est bon de savoir que la Chine possède actuellement des investissements de plusieurs milliards de dollars en Argentine, dans différents secteurs de son économie. L’Argentine se trouve donc au centre d’une guerre larvée entre les deux plus grandes économies mondiales, les États-Unis et la Chine, qui, elle, a déjà manifesté son appui au Venezuela. Pas certain que le président argentin sera capable de naviguer dans ces eaux troubles, surtout s’il risque de perdre une bonne partie de sa base militante, qui se rappelle les sales coups du FMI dans un passé pas si lointain.