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Il faudra qu’on s’en souvienne

Urgence
Photo d'archives, Simon Clark Les failles de notre système de santé ont apparu plus que jamais avec la pandémie.

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Au moment où nous aurions besoin d’un système de santé robuste, nous réalisons l’ampleur de ses limites. Même le premier ministre doit invoquer la fragilité extrême du réseau de la santé lorsqu’il explique l’importance des mesures pour freiner la propagation de la COVID-19.

Il n’y a pas de doute que des mesures sanitaires imposantes soient requises pour empêcher ce foutu virus de causer trop de dégâts. Malgré tout, le Québécois moyen est en droit de se poser deux questions simples. 

Devons-nous restreindre nos activités une coche de plus parce que le système de santé est fragile ? 

Les soins médicaux autres que la COVID sont-ils anormalement affectés par cette fragilité ?

Compte tenu du portrait qu’on nous a récemment brossé du système de santé, la tentation est grande de répondre oui à ces deux questions. Il va de soi que le gouvernement Legault répondra qu’il a hérité de ce réseau de santé endommagé, en raison des erreurs de ces prédécesseurs.

Si nous oublions la joute politique, nous sommes en droit de nous poser des questions sur notre système de santé et sur ce qu’on nous a raconté à son sujet depuis des décennies.

Le meilleur !

Je suis bien placé pour en parler. Je fus l’un des seuls Québécois à oser m’attaquer aux sacro-saints fondements du système de santé. Un monopole d’État centralisé avec l’assurance maladie comme payeur unique. Voilà l’assise de ce système où nous avons mis toutes nos billes.

Peu de pays ont fait ce choix, sinon une poignée de pays communistes. Tous les pays européens ont rejeté ce modèle. 

Or, au Québec et au Canada, qu’est-ce qu’on nous répond lorsqu’on veut réformer en profondeur la santé ? Nous avons le meilleur système au monde ! 

Supposément, tous les pays du monde sont jaloux du modèle du Canada en santé. Supposément, des observateurs de partout viennent voir le miracle canadien ! Curieux quand même que parmi tous ceux qui nous envieraient, aucun pays n’ait fait le même choix que nous en 50 ans. Pas un seul !

Se lamenter ou changer ?

Pendant toutes ces années, la population vit les insatisfactions par rapport aux soins de santé. Attente totalement démesurée à l’urgence. Attente déraisonnable pour avoir accès à un médecin. Listes d’attente insupportables pour les diagnostics et pour les opérations.

Le citoyen constate les failles et vit les conséquences. Mais lorsque viendrait le temps de changer pour vrai, il se fait convaincre que la base du système est excellente. Il faudrait simplement faire de petits ajustements. Remplacer les agences de santé par des régies. Puis remplacer les régies par des CISSS et des CIUSSS. 

Et si tous ces changements étaient de la bouillie faite avec les mêmes ingrédients ? Si je vous soumettais que la pandémie révèle les vraies faiblesses du système. Centralisation, incitatifs aux mauvais endroits, gestion du personnel centrée sur le syndicalisme, inefficacité profonde.

La pandémie nous révèle des choses. On ne peut pas réformer la santé pendant la crise. Il faudra s’en souvenir après.