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Nouvelle-Zélande: Jacinda Ardern, à l’épreuve des crises

La première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern
Photo AFP La première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern

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Jacinda Ardern avait pris ses fonctions de Première ministre en 2017 en faisant l’apologie de la pensée « positive ». Cette attitude n’aura pas été inutile ces trois dernières années, qui ont été marquées par une série de crises sans précédent en Nouvelle-Zélande.

La dirigeante travailliste, qui brigue samedi un deuxième mandat, a dû gérer la pire attaque terroriste perpétrée dans l’archipel, une éruption volcanique meurtrière, la récession la plus grave depuis plus de 30 ans, et bien sûr, le défi historique de la pandémie.

En cours de route, la désormais quadragénaire a également donné naissance à son premier enfant, devenant aussi un symbole du progressisme de centre-gauche dans un monde dominé par les figures masculines populistes.

C’est en mars 2019 que celle qui avait été choisie par défaut et portée au pouvoir contre toute attente a fait la démonstration de ses qualités, quand un suprémaciste blanc a froidement abattu 51 fidèles dans deux mosquées de Christchurch (sud).

« Le meilleur de nous-mêmes »

Il y a bien sûr son attitude, ce mélange de compassion, de solidarité et de douleur partagée quand elle était allée tenter d’apporter du réconfort aux victimes, coiffée d’un foulard.

Mais c’est aussi sa riposte politique -que ce soit sur le contrôle des armes ou sur la nécessité de pousser les réseaux sociaux à sévir contre les contenus extrémistes- qui lui vaut alors les louanges à l’étranger.

Lors de sa campagne, elle a joué à fond sur ses succès dans l’autre épreuve marquante de son mandat, la pandémie, qui n’a tué « que » 25 personnes dans l’archipel aux cinq millions d’habitants.

Elle soutient désormais que son parti est le seul à même d’assurer la sécurité des Néo-Zélandais, grâce à cette stratégie qui a impliqué un contrôle étroit des frontières et de vastes campagnes de dépistage.

« Ces temps difficiles ont fait apparaître le meilleur de nous-mêmes », lançait-elle récemment. « Si nous avons surmonté des obstacles énormes, c’est grâce à nous-mêmes, et parce que nous avons un plan. »

Les sondages placent les travaillistes 15 points devant le Parti national, principale formation d’opposition, lors d’un scrutin qui a été surnommé « les élections Covid » par Mme Ardern. 

Une avance qui doit certainement beaucoup à la personnalité de cette dernière, qui est citée comme leur candidate préférée par 55% des sondés, ce qui est 32 points de mieux que Judith Collins, la cheffe du Parti national.

Trop tendre ?

Née en 1980 à Hamilton, à 130 km au sud d’Auckland, Jacinda Ardern affirme que c’est la pauvreté qu’elle a vue dans l’arrière-pays de l’Île du Nord qui a contribué à forger ses convictions de gauche.

Fille d’un policier, elle est élevée dans la foi mormone, à laquelle elle renonce dans les années 2000 en raison des positions de cette Eglise sur l’homosexualité.

Elle s’intéresse très tôt à la politique grâce à une tante et entre dans les organisations des jeunesses travaillistes. Après ses études, elle travaille pour la Première ministre Helen Clark, puis à Londres pour Tony Blair.

Élue à la Chambre des représentants en 2008, et toujours réélue depuis, Mme Ardern devient en mars 2017 cheffe adjointe du Parti travailliste.

À l’époque, les caciques du parti la voyaient comme un talent en devenir, mais encore trop tendre pour la joute politique.

Et c’est comme par défaut qu’elle prend la tête de l’opposition quand son prédécesseur Andrew Little démissionne début août 2017, moins de deux mois avant les élections, alors que les travaillistes sont au fond du trou, avec 23% des intentions de vote.

Décontraction

Portée par une impressionnante vague de sympathie appelée « Jacinda-mania » par les médias, celle qui a été comparée au Français Emmanuel Macron et au Canadien Justin Trudeau surfe sur la promesse d’un « changement » de génération, après neuf années de règne du centre-droit, pour offrir aux travaillistes une victoire inespérée.

Un an plus tard, elle devient la deuxième Première ministre au monde (après la Pakistanaise Benazir Bhutto en 1990) à accoucher pendant son mandat.

Quelques mois plus tard, elle assiste à l’Assemblée générale de l’ONU avec son compagnon Clarke Gayford qui s’occupe de leur bébé, une image en forme de manifeste pour l’égalité homme-femme, un de ses combats.

Elle séduit au même moment par sa décontraction lors des six minutes de son passage dans un talk show de CBS, en rappelant à cette occasion aux Américains que tous les dirigeants ne sont pas comme Donald Trump.

Son militantisme contre le changement climatique l’a du reste marquée du sceau de « l’anti-Trumpisme ». 

Sur le plan intérieur cependant, sa volonté de réforme a très souvent été entravée par Winston Peters, patron du parti populiste New Zealand First et partenaire contre-nature de la coalition gouvernementale.