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La COVID va changer nos façons de faire

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On entend, de part et d’autre, des appels à lever le confinement. Certains employeurs désirent que leurs employés réintègrent leurs bureaux. À l’approche du temps des Fêtes, les appels à permettre les grandes réunions familiales se multiplieront.

Pire, plusieurs clowns antimasques affirment que les difficultés économiques auxquelles on fait face sont dues au confinement, plutôt qu’au virus. Ils pensent que résister aux mesures sanitaires sera bon pour l’économie. Que de tousser en public est un gage de liberté.

Le confinement n’explique pas tout

Or, les dernières analyses économiques du FMI suggèrent que l’économie ne repartirait pas automatiquement avec la levée du confinement. Bien au contraire.

Chronique de Jean-Denis Garon, économiste : l’économie va-t-elle repartir automatiquement avec la levée du confinement ?

La raison est simple. Quand on atteint des sommets d’infections à la COVID-19, la majorité raisonnable de gens ressent un inconfort à sortir. Elle s’isole et se distancie volontairement.

Dans les pays développés, jusqu’à 60 % de la réduction de la mobilité des gens aurait été volontaire lors des 90 premiers jours de la crise... Pour 40 % d’effet pour les mesures obligatoires. Tout simplement parce que les gens ont peur de sortir quand le nombre de cas de COVID-19 augmente.

Comment sait-on cela ? Grâce à la technologie. 

Le FMI a obtenu les données GPS d’utilisateurs de téléphones mobiles pour un grand nombre de pays. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer le changement de comportement des gens avant et après la pandémie... mais surtout avant et après l’imposition de mesures de confinement obligatoires.

Combattre la désinformation

Sachant cela, on réalise que les antimasques se tirent dans le pied. Ils font croire aux gens que le virus n’est pas dangereux... Ce qui risque d’effri-ter le sentiment de crainte légitime ressenti par une majorité raisonnable de la population. Avec pour conséquence de forcer les gouvernements à renforcer les mesures sanitaires obligatoires.

Au contraire, s’ils réussissent à convaincre les gouvernements d’assou-plir les mesures d’isolement, ils risquent d’attiser la peur de la majorité et d’allonger la crise.

Ironiquement, tout ce que les antimasques font a comme conséquence de nous garder plus longtemps isolés. Ce sont des champions poids lourds de la contre-productivité !

Grosse débarque, petit rebond

Parlons maintenant de croissance économique. Pour le Canada, le FMI prévoit une décroissance économique de 7,1 % cette année, suivi d’un rebond de 5,2 % l’an prochain. Ce qui signifie qu’on ne réussira même pas à sortir la tête de l’eau...

À moyen terme, les nouvelles sont aussi mauvaises. La pandémie changera tellement nos façons de faire, nos carrières et nos chaînes de production que le potentiel mondial de croissance en souffrira.

On s’enligne aussi pour effacer tous les progrès faits en matière de réduction de la pauvreté mondiale depuis les années 1990. Ce qui n’est pas peu dire.

Finalement, j’écrivais récemment qu’un prolongement inutile de la crise pénalisera indûment les jeunes. Cette crainte se confirme, puisque ce sont les travailleurs les plus jeunes, ainsi que ceux employés par des PME qui sont les plus à risque de perdre leurs emplois.

Le portrait n’est pas rose, je sais. Mais il faut regarder la réalité en face et se rappeler que nous avons tous notre rôle à jouer.  

  • Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM