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Les vrais fossoyeurs des Nordiques

Jacques Parizeau
Photo d'archives L’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau et l’ex-maire de Québec Jean-Paul L’Allier n’ont pas été très actifs pour sauver la franchise des Nordiques.

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Les initiés le savaient. Mais ils n’avaient pas de preuve. Même Marcel Aubut a attendu pendant 25 ans pour avoir la confirmation de ses pires soupçons.

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C’est un journaliste du Journal qui a fourni toutes les preuves qui manquaient. Patrick Bellerose du Bureau parlementaire à Québec. 

Dans un article sur deux pages paru dimanche dernier, on a toutes les confirmations que le premier ministre Jacques Parizeau ne voulait pas vraiment sauver les Nordiques. L’objectif principal était que le gouvernement du Parti québécois se sorte de l’histoire sans trop d’égratignures pour ne pas nuire au référendum qui aurait lieu cinq mois plus tard.

Le récit de Bellerose est fascinant et on réalise que Bernard Landry, Johanne Blackburn et tous les ministres, sauf Jacques Brassard, suivaient la pensée de leur chef. Au pas. C’est proprement ahurissant.

Les initiés le savaient

La manchette finale du Journal de Québec «Aubut refuse. C’est fini !» faisait porter l’odieux de l’échec à Marcel Aubut. Quand on lit les comptes rendus du conseil des ministres de l’époque, on comprend que c’était justement l’objectif principal recherché par les conseillers de M. Parizeau. 

Des initiés le savaient. Dont Jean Royer, chef du cabinet de Jacques Parizeau. Passé à Loto-Québec et chez CGI. Et Denise Bombardier, très proche de membres de la garde rapprochée de Jacques Parizeau, m’avait dit il y a une douzaine années en parlant de « l’échec » du négociateur du gouvernement : «Encore faudrait-il savoir ce qu’était vraiment le mandat». Le message de Mme Bombardier était évident à décoder. Le mandat de Me André Jolicoeur, l’avocat embauché par le gouvernement, n’était pas de sauver les Nordiques, c’était de sauver l’image du gouvernement.

Marcel Aubut refuse depuis plusieurs années d’accorder des entrevues. Mais au cours de ces 25 ans passés depuis le départ des Nordiques, il a raconté en détail lors de certaines conversations comment les négociations s’étaient passées. Ses amis, comme Reynald Brière, ancien président de TVA, Pierre Racine, ancien président de Rolls Royce, les moteurs d’avion, Jean Pagé et quelques autres ont écouté ces anecdotes le soir après une journée de moto.

Où est le premier citoyen ?

Par exemple, lors d’une de ses premières rencontres avec Jacques Parizeau, le premier ministre lui avait dit : « Comment puis-je aller de l’avant avec vos demandes quand le premier citoyen de la ville n’est pas avec vous ? »

Le premier citoyen étant évidemment Jean-Paul L’Allier, maire de Québec. L’Allier était très proche de M. Parizeau et de son épouse Lisette Lapointe. On se rappelle qu’ils avaient écouté ensemble le Bye Bye. Or, Jean-Paul L’Allier ne voulait rien savoir des Nordiques. Et ça remontait à quelques années déjà. 

Je l’avais interviewé pour une série de télévision, « Le hockey, notre passion », version québécoise de The Game inspirée du livre de Ken Dryden. C’était inquiétant de l’entendre parler de Québec « au bout de la chaîne économique » après New York, Toronto et Montréal. Autrement dit, la décision d’acheter une loge pour Volvo ne se prendrait pas à Québec. Ni même à Montréal. Sans doute à Toronto, mais dans certains cas, la décision se prendrait aussi loin que New York.

Entendre le maire de Québec te dire ça entre deux prises de vue laissait présager la suite des choses. Dans sa tête, Québec n’était pas une grande ville. 

L’idée d'un casino

Les Nordiques avaient présenté un plan complet de survie et de relance fondé sur le caractère touristique de la ville de Québec. 

Les Nordiques demandaient de l’aide au gouvernement, mais cette aide aurait été puisée dans les dollars de « l’entertainment » au lieu des poches des contribuables. Le plan prévoyait la construction d’un nouveau centre sportif où on aurait pu installer un casino moderne et générateur de revenus. L’objectif étant que ce soit les visiteurs et les joueurs qui financent l’aide aux Nordiques : « On aurait donné l’équivalent en publicité et en visibilité grâce à notre réseau de télévision et de radio. Sans parler qu’on offrait de faire la promotion du casino dans les villes que l’équipe visitait », a souvent expliqué Me Aubut. 

Mais M. Parizeau a vite refusé l’offre pour deux raisons selon ce que se rappellent les témoins : C’était la Ville qui était propriétaire des terrains où on aurait pu construire le nouveau Colisée et sans le support total de M. L’Allier, le gouvernement ne pouvait rien faire. Et il n’était pas question de diminuer l’impact du casino de La Malbaie qui rencontrait des difficultés. Un casino à Québec aurait pu cannibaliser une partie de la clientèle. 

Curieusement, c’est un premier ministre libéral, M. Jean Charest, appuyé par un maire péquiste, Régis Labeaume, qui doteront Québec d’un centre sportif digne de ce nom. Le Centre Vidéotron.

Un gouvernement propriétaire

L’offre présentée aux Nordiques ne pouvait être acceptée. Le gouvernement en échange de son aide pour deux ans, mettait la main sur plus de 20 p. cent de la propriété de l’équipe et s’assurait de doubler sa mise si l’équipe devait être vendue après ce court délai. 

De toute façon, jamais Gary Bettman et les gouverneurs de la Ligue nationale n’auraient accepté qu’un gouvernement ait accès à un siège parmi les propriétaires. En partant, la proposition concoctée par Me Jolicoeur et Jean Royer ne pouvait qu’être refusée par Me Aubut et les autres actionnaires des Fleurdelisés.

Cinq mois après la perte des Nordiques, M. Parizeau et les souverainistes perdaient le referendum par 50 000 voix. L’histoire a retenu que c’est le faible score obtenu par le Oui dans la Vieille Capitale qui a coûté le rêve d’un pays.

Fascinant...