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Petit résumé du délire racialiste appliqué au Québec

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Le poids démographique des Québécois régresse sans cesse au Canada. Leur existence nationale y est contestée par l'ordre constitutionnel de 1982 (d’ailleurs, on a pu leur imposer une Constitution sans leur permission) et par le multiculturalisme canadien, qui les transforme en groupe ethnique parmi d’autres dans la «diversité» canadienne. Il faut dire que dès 1867, ils étaient cantonnés dans une existence diminuée, dans une fédération qui a partout cherché à éradiquer le fait français.

Au Québec même, le poids démographique des francophones diminue à grande vitesse au point qu’à Montréal comme à Laval, ils sont progressivement mis en minorité — d’ailleurs, le système collégial francophone est en voie d’effondrement à Montréal, même s’ils sont peu nombreux à en parler. La multiplication des comtés protégés libéraux à Montréal et à Laval témoigne de cette partition inavouée de la grande région de Montréal par rapport au reste du Québec.

Dans la grande région de Montréal, l’anglais s’impose d’ailleurs de plus en plus comme langue de travail et les francophones, qui sont habitués à toujours ramener à la baisse leurs exigences, n’espèrent même plus faire du français la langue commune. Ils se contentent d’espérer qu’on les serve en français, à la manière d’un accommodement raisonnable linguistique. On leur explique qu’ils doivent s’y faire, puisque tout cela s’expliquerait par la mondialisation.

À l’échelle de l’Amérique du Nord, le français est dans une situation de précarité structurelle, et cela, plus que jamais dans un monde colonisé culturellement par l’empire américain.

À travers tout cela, les Québécois ne disposent que d’un demi-État qui ne parvient même pas à faire concrètement du français sa langue officielle. Leurs revendications collectives sont fréquemment assimilées par la presse canadienne-anglaise à une forme de suprémacisme ethnique et même, de suprémacisme blanc! Leurs décisions collectives peuvent être annulées systématiquement par la Cour suprême.

Mais parce qu’ils sont «blancs», on présente les Québécois francophones comme un groupe hégémonique en situation structurellement dominante qui devrait aujourd’hui entreprendre sa rééducation pour se plier aux codes du régime diversitaire, sans quoi on les accusera de racisme systémique. La majorité historique francophone, qui n’est rien d’autre qu’une minorité culturelle au destin improbable à l’échelle de la fédération et du continent, est transformée artificiellement et idéologiquement en majorité blanche qui poursuivrait au nord de la frontière l’histoire du racisme états-unien.

Comment ne pas voir dans l’imposition forcée de ce nouvel imaginaire aux Québécois une manifestation de néocolonialisme à grande échelle? Dès qu’ils rappellent qu’ils veulent voir le monde à partir de leur propre situation existentielle, on leur fait un procès en légitimité. N’oublions pas qu’on déforme même la représentation de leur histoire pour les amener à ressentir une forme de culpabilité collective associée, comme on le voit avec la diabolisation de la mémoire de la Nouvelle-France.

Comment ne pas constater, à travers cela, que nous sommes expulsés mentalement de notre propre situation collective et condamnés à vivre dans un univers imaginaire imposé par l’intelligentsia et une bonne partie du système médiatique, qui nous rendent étrangers à notre propre réalité?

Le racialisme américain se conjugue au multiculturalisme canadien et au fédéralisme pour nous condamner à l’automutilation identitaire. Mais on veut à tout prix nous faire prendre les traits d’une majorité tyrannique. Est-il exagéré, devant cela, de parler d’une véritable forme de dépossession collective?

Et on en trouve vraiment pour nous dire que la cause de l’indépendance n’a plus de raison d’être?