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Qui sera le prochain président bolivien? Les chamans consultent la coca

Qui sera le prochain président bolivien? Les chamans consultent la coca
AFP

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Sur une petite table, le chaman Juan lit l’avenir dans les feuilles de coca, un rituel andin traditionnel qui permet, affirme-t-il, de prédire le nom du prochain président de Bolivie.

Alors que le pays s’apprête à se rendre aux urnes dimanche, le chaman, membre de l’ethnie amérindienne aymara, raconte que ses clients le consultent dernièrement davantage sur les résultats du scrutin que sur les habituelles questions autour du travail ou de la quête d’amour.

Il explique à l’AFP que les feuilles de coca, consultées dernièrement, lui ont presque toujours révélé la même chose: «Le MAS va gagner», en référence au Mouvement vers le socialisme de l’ancien président Evo Morales (2006-2019).

Pour la première fois depuis des années, Evo Morales, premier président indigène, lui aussi issu de l’ethnie aymara, n’est pas candidat. Le MAS est représenté par son ancien ministre de l’Économie, Luis Arce, dont le principal rival est l’ancien président centriste, Carlos Mesa (2003-2005).

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Outre leur président, les Boliviens sont appelés à élire le vice-président et à renouveler la totalité du Parlement, où le MAS est majoritaire.

«Le MAS va gagner, et de là, ils vont s’affronter, il va y avoir un peu de mécontentement, des bagarres, ils vont s’affronter entre les partis», explique le chaman à l’AFP dans un petit kiosque situé dans une rue poussiéreuse d’El Alto, une ville à majorité aymara et qui touche La Paz.

Sur sa petite table couverte d’un «aguayo», une couverture de laine andine traditionnelle, Juan conduit le rituel en échange de 10 Boliviens (1,5 dollar).

Il invoque la «pachamama» (la terre mère) en lançant en l’air quelques feuilles de coca qui retombent sur un crucifix doré qui retient les billets que lui remettent ses clients.

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Le chaman, qui se dit fort de 44 ans d’expérience, regarde la disposition des feuilles pour faire ses prédictions. «Celui qui gagne doit aller tout droit [mais] s’il y a un deuxième tour, qu’ils se conduisent comme des gentlemen, pas de lutte», dit-il.

Sur les réseaux sociaux

La lecture de l’avenir dans les feuilles de coca est une coutume ancienne du peuple aymara en Bolivie, où plus de 40% des 11 millions d’habitants sont des Amérindiens, fortement attachés à leurs traditions.

Juan n’est pas le seul à proposer ses services. D’autres chamans, ainsi que des guérisseurs, ont leurs petits étals dans des cabanes de tôle sur les nombreux marchés traditionnels d’El Alto, bastion historique du MAS, à 4000 m d’altitude.

Le pays andin traverse une grave crise politique depuis le dernier scrutin d’octobre 2019 et la confusion qui a entouré les résultats donnant vainqueur le président en exercice, Evo Morales, qui briguait un quatrième mandat.

L’opposition a crié à la fraude, les rues ont été prises d’assaut et l’armée a finalement lâché Evo Morales qui s’est enfui au Mexique, puis en Argentine.

Selon Francisca, une autre chamane qui lit depuis 15 ans dans les feuilles de coca, «le retour d’Evo [en Bolivie] dépendra de la victoire ou non du MAS. Il va y avoir des problèmes, mais après les élections, nous allons aller de l’avant. Le MAS a une forte probabilité de gagner».

La pandémie de coronavirus ayant réduit l’afflux de clients, certains chamans n’ont pas hésité à se tourner vers les réseaux sociaux pour continuer à travailler.

Ils proposent aussi une préparation censée améliorer l’état de santé des personnes infectées par la COVID-19, le «Kari Kari», un mélange d’ongles de porc, de blé et d’autres ingrédients secrets, vendu dans des bouteilles en verre pour neuf dollars.

Les chamans transmettent leur savoir de génération en génération, par des rites secrets et à travers un apprentissage réservé aux seuls prédestinés. Ils doivent remplir certaines conditions, par exemple avoir survécu à la foudre, être nés debout, ou encore présenter une caractéristique physique particulière.

«Je suis né avec six doigts et j’ai ici [sur ma tête] des cheveux blancs. Celui qui naît ainsi est comme une étoile», affirme Juan, qui ne doute pas une seconde du nom du futur président bolivien.