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Une tâche plus ardue que celle de René Lévesque

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Rebâtir le PQ aujourd’hui représente une tâche plus ingrate que de le fonder la première fois.

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Paul St-Pierre Plamondon a connu une bonne première semaine. Il a présenté des points de vue lucides sur les défis qui l’attendent. Il a jeté les bases d’une réconciliation avec un caucus qui lui était initialement hostile. Malgré quelques prises de position fragiles, il a évité les gros pièges.

La tâche qui l’attend désormais apparaît néanmoins herculéenne. J’oserais dire que son chemin vers le succès est sur une pente encore plus abrupte que celle que devait affronter René Lévesque lorsqu’il a fondé ce nouveau parti, le PQ, en 1968. 

D’abord, je crois qu’il est plus facile de vendre à la population l’image d’un nouveau parti que de convaincre les gens qu’on a rénové un bolide accidenté. Chez les jeunes en 2020, le PQ passe pour un vieux parti. Nous sommes à des années-lumière de la frénésie qui existait pour le PQ sur les campus à une époque.

L’argent

Le PQ sous René Lévesque partait avec pas un sou. Or la situation est pire aujourd’hui. Paul St-Pierre Plamondon prend la direction d’un parti qui traîne des dettes importantes. Un fardeau de plus sur le chemin de la reconquête de l’électorat.

Pour faire progresser son nouveau parti, René Lévesque jouissait d’un énorme avantage. Il pouvait surfer sur la vague des appuis des mouvements sociaux, des artistes et des syndicats. Surtout, ces gens étaient pas mal plus enclins à s’exprimer publiquement sur la politique qu’aujourd’hui. 

Même parmi les journalistes, la sympathie envers le Parti québécois était assez répandue. Personne ne doute que l’appui à la souveraineté était très majoritaire parmi les journalistes baby-boomers qui couvraient la politique pendant l’ascension du PQ.

Paul St-Pierre Plamondon ne bénéficie d’aucun vent dans les voiles semblable, émanant de la société. Il ne peut compter que sur lui-même pour créer une vague favorable envers son parti. À bras, à la rame.

Ajoutons que sans rien enlever à ses qualités, le nouveau chef péquiste n’est pas René Lévesque. Ce dernier avait déjà tout un bagage avant de fonder le PQ. Il avait été le vulgarisateur chouchou de la télé. Il avait piloté la nationalisation de l’électricité à titre de ministre responsable. Il était connu de tous et jouissait d’une solide réputation.

Paul St-Pierre Plamondon demeure un inconnu pour une bonne partie de la population. Il a de bons diplômes et une intéressante carrière, mais rien qui n’ait encore marqué le grand public.

Des atouts

Donnons-lui ce qui lui revient. Il vient de réaliser un accomplissement politique notable. Dans une campagne où le premier sondage lui donnait 5 %, il a remporté une victoire convaincante. Il a travaillé à l’arraché et performé autant dans le financement, le recrutement que la persuasion. Ce sont des clés pour attaquer la prochaine étape. Il a surtout montré du courage et du talent.

Rebâtir est son mot clé. Une vision indépendantiste crédible, un programme étoffé, de nouveaux visages qui adhèrent et une image de parti à refaire. Gros boulot.