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«Le livre de Sarah» de Scott McClanahan: se perdre soi-même au fond des Appalaches

Scott McClanahan
Photo courtoisie Scott McClanahan

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Considéré comme une étoile montante de la littérature américaine – à juste titre –, Scott McClanahan propose l’histoire de naufrages intérieurs en série dans son nouveau roman, Le livre de Sarah. Aussi drôle que touchant, émouvant, authentique, ce roman met en scène Scott, qui raconte l’échec de son mariage avec Sarah, la mère de ses deux enfants, mais aussi sa vie qui tourbillonne vers le bas dans un bled perdu des Appalaches. 

<b><i>Le livre de Sarah</i></b><br/>
Scott McClanahan<br/>
Éditions de l’Olivier<br/>
240 pages
Photo courtoisie
Le livre de Sarah
Scott McClanahan
Éditions de l’Olivier
240 pages

Scott McClanahan met en scène un personnage appelé Scott McClanahan... qui est aussi le narrateur de ce portrait social caustique, d’une grande sincérité, où l’humour est au rendez-vous. Le Scott du roman n’est guère encourageant : alcoolique notoire, autodestructeur, paranoïaque sur les bords. Il tente de refaire sa vie, en commençant par s’installer dans un stationnement de Walmart.

Le véritable Scott McClanahan, écrivain de talent, musicien à ses heures, parle avec humour de cette autofiction où il s’est amusé à faire voguer son imaginaire aux côtés de la réalité, en lui donnant un ton inimitable.

Parler au «je»

«J’essaie de faire quelque chose de différent, qui sort des stéréotypes des histoires racontées à la première personne. On dit parfois que le rock’n’roll est pour les ados et que la musique du genre bluegrass est pour les adultes, où quelqu’un nous raconte une histoire, d’un point de vue plus personnel. Ça me rejoint. 

«Ça faisait des années et des années que je souhaitais raconter une histoire à la première personne», explique-t-il. Il est d’ailleurs un fervent admirateur du style de l’écrivain et mémorialiste français Chateaubriand.

«Scott, dans le livre, est une personne qui a été créée. Je ne suis pas vraiment cette personne. C’est peut-être une des plus grandes difficultés en écrivant à la première personne : c’est difficile d’avoir le ton juste. Trouver le juste équilibre en écrivant Le livre de Sarah est ce qui a été difficile.»

Il pense que certains lecteurs peuvent s’imaginer qu’il a vraiment décrit sa vie. «C’est arrivé avec mon autre livre, Crapalachia. J’ai reçu des lettres de lecteurs suédois, et de lecteurs français, qui pensaient que j’étais un jeune auteur fragile décrivant une famille de cinglés. En réalité, je suis un rat de bibliothèque, grand amoureux de la littérature, et un peu hillbilly sur les bords... et j’aime ma maman.»

Scott McClanahan s’est inspiré d’une nouvelle écrite vers 2008 pour mettre en marche ce roman. «J’ai travaillé sur ce livre pendant des années... et ça n’allait nulle part. Puis, j’ai divorcé. Et le livre a changé. J’ai écrit une première version, et l’éditeur l’a détestée. Je suis retourné à ma table de travail.»

L’univers croulant de Scott, dans le livre, et ses réflexions au coin du bon sens sont dérivés de la vie de l’auteur, qui n’a toutefois pas squatté un stationnement de Walmart, assure-t-il. «Il y a des choses vraies, mais je les ai poussées, exagérées. Je voulais que le ton reste vivant, comme si je racontais ce qui s’était passé à mes amis. Et de la même façon, exagérer un peu ce qui s’est passé pour faire rire mes amis.» 


♦ Scott McClanahan a écrit plusieurs recueils de nouvelles, dont Crapalachia, publié en 2018.

♦ Il habite à Berkeley, en Virginie-Occidentale, où il enseigne la littérature anglaise dans un collège communautaire.