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Ce n'est pas ainsi que j'avais imaginé la vie à l'aube de mes 60 ans

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J'habite seule, pas dans un RPA ou un CHSLD, et je suis retraitée. J'ai deux magnifiques garçons, deux brus en or et deux petits enfants que j'adore.  

Depuis mars, on me demande de faire des sacrifices. Je porte mon masque, je respecte la distance, je lave mes mains, je désinfecte ma maison, je limite mes déplacements et les personnes que je côtoie. Tous les jours, on me demande de faire plus. Bien que je me questionne sur le bien-fondé, j'écoute, je suis la majorité. 

J'avais une vie active. J'aimais danser, chanter, recevoir ma famille, cuisiner, sortir entre amis, voyager. J'espérais refaire ma vie, rencontrer quelqu'un avec qui vieillir et faire un bout de chemin. Maintenant, j'ai simplement le goût de pleurer. 

Aujourd'hui, ma maison est vide, pas un son, pas un bruit. Je fais livrer mon épicerie pour encourager les producteurs locaux. Je ne vais même plus magasiner. De toute façon, pour acheter quoi? Une nouvelle robe? Pourquoi? Pour qui? Mes seules sorties sont pratiquement le dépanneur et la pharmacie. Ne me dites pas d'aller marcher, car même si je rencontre 100 personnes sur mon chemin, la peur de l'étranger et la paranoïa font maintenant partie du quotidien. Plus personne ne se regarde, ne se sourit ou ne se parle. 

Chantal Poirier / JdeM

Je n'ai pas le droit d'aller visiter mes enfants, mes amies, et ils ne peuvent venir chez moi, sauf un à la fois et si vraiment nécessaire. Dites-moi pas qu'il y a Facetime, car ça ne remplace pas le toucher, la chaleur humaine ou la présence physique. 

On me dit que la normalité du mois d'août ne reviendra pas de sitôt. Quelle normalité avions-nous au mois d'août? On me dit que je pourrai peut-être avoir un Noël? J'en doute. Ce que je sais, c'est que je ne suis pas la seule qui vit cette situation désolante et que des milliers de Québécois comme moi sont laissés pour compte et passés sous silence. Si j'ose dire que je suis tannée, écœurée ou sur le bord de craquer, je me fais traiter d'égoïste, que je pense juste à mon petit nombril ou que je suis à la limite complotiste. 

Vous qui vous réveillez au bruit de vos enfants qui jouent dans la maison, vous qui vous réveillez au son du bon matin de votre conjoint, si on vous demandait de faire tous ces sacrifices pour nous, le feriez-vous? 

Linda Iezzi

Retraitée