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Parlons de Hunter Biden

Hunter Biden
Photo d'archives, AFP Hunter Biden

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Comme c’est le cas chaque fois que le nom du fils du candidat démocrate est mentionné, les partisans du président Trump — ils sont nombreux au Québec — montent aux barricades et accusent les médias québécois d’étouffer l’affaire et de l’ignorer en raison d’un biais démocrate.

Personne ne trouve grâce à leurs yeux et ce présumé complot touche aussi bien Radio-Canada que des journaux indépendants, ainsi que ceux qui appartiennent à Québecor. Impressionnante, cette unité de ton et de contenu entre des compétiteurs...

J’ai donc choisi de vous expliquer ici pourquoi je préfère privilégier d’autres thèmes pour mes billets ou mes chroniques. Le principal motif que j’invoquerais est le manque de crédibilité des sources qui nourrissent les révélations récentes publiées par le New York Post

Si le New York Times a déjà péché par excès de zèle ou que CNN a dû débourser quelques millions pour des informations diffusées précipitamment, le New York Post semble maintenant faire le jeu des Russes, qui misent une fois de plus sur la désinformation pour semer le chaos dans la campagne électorale. Pourquoi modifier la recette fructueuse de 2016!

Les accusations à l’endroit de Hunter Biden ne sont pas récentes. J’en ai déjà parlé ici. Je le répète, c’est important, rien ne permettait jusqu’à maintenant de reprocher au fils de l’ancien vice-président quelque chose d’illégal. Je peux juger que son comportement n’a pas été éthique, mais il n’a rien fait que d’autres fils ou filles de politiciens américains influents n’aient pas fait auparavant. 

Selon les plus récentes allégations du Post, on disposerait maintenant de preuves accablantes, une véritable bombe, démontrant hors de tout doute un comportement criminel. Des courriels incriminants retrouvés sur un ordinateur du fils Biden permettraient d’étayer la preuve. À moins de trois semaines de l’élection, enfin du concret pour appuyer les discours vengeurs du président.

Si je me suis abstenu de mentionner cette histoire ou d’y consacrer quelques lignes, c’est tout simplement que «l’enquête» du Post pèche par un sérieux manque de rigueur. Trouvera-t-on quelque chose de plus solide? Je ne peux me prononcer définitivement, mais ce ne sont pas les éléments fournis jusqu’à maintenant qui donneront plus de poids aux allégations.

Voici une courte liste de quelques failles du dossier du Post:  

  • Aucune authentification des courriels. On ne confirme pas qu’ils sont de Hunter Biden.  
  • Ces courriels auraient été prélevés par un technicien qui effectuait des réparations sur l’ordinateur du fils Biden, mais rien ne permet de prouver qu’il s’agisse bien de son appareil.  
  • Les courriels ont d’abord été acheminés à Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président. Le même homme dont se méfient les services de renseignements américains. On a avisé Donald Trump que Giuliani pourrait même être un agent russe.  
  • Le Post est la propriété de Rupert Murdoch, un ami du président, qui contrôle également Fox News.  
  • Le principal enquêteur du journal est l’ancien producteur de l’émission de Sean Hannity. L’animateur vedette de la chaîne Fox News est le principal propagandiste du président dans les médias.  
  • Le FBI enquête présentement sur l’origine du matériel dont dispose le New York Post sur cette histoire.    

Au moment d’écrire ces lignes, toute cette saga est suspecte et elle ressemble à une tentative bâclée d’inventer une nouvelle version de la «surprise d’octobre». Nous savons déjà que Donald Trump n’a pas besoin de faits et de preuves pour se lancer à l’attaque et propager des théories boiteuses ou carrément mensongères. Ainsi, il a passé toute la fin de semaine à exploiter ce présumé scandale.

Voilà. Je considérais qu’il était de mon devoir de vous expliquer pourquoi je n’avais pas relevé cette histoire. Ce billet me permet aussi de répondre à de nombreux courriels de lecteurs désireux d’en savoir plus sur cette question.

Chaque fois qu’il y a eu des allégations à l’endroit de Biden, harcèlement sexuel ou dossier ukrainien, je les ai abordées ici. Si jamais nous apprenions de source sûre que le candidat démocrate a commis une faute grave, soyez assurés que je m’y intéresserai. Ce n’est pas le cas pour le moment, les pistes sont troubles ou carrément sans issue.