/world/opinion/columnists
Navigation

Trump et l’industrie de la croyance

US-VOTE-TRUMP
Photo AFP Le président américain Donald Trump salue ses partisans à son arrivée à l’aéroport John Wayne de Santa Ana, en Californie.

Coup d'oeil sur cet article

La plupart des Américains aiment croire. Ils veulent croire que leur pays possède un destin manifeste ou qu’il est toujours la première puissance économique du monde. Ils croient à l’existence des anges. Ils croient à une vie après la mort. Même si les avancées de la science balaient toutes ces faussetés. 

Souvent, pour éviter d’avoir à s’engager dans un débat rationnel et scientifique, ceux qui croient en ces histoires expriment leur mépris envers les spécialistes et la science. Pourtant, ils utilisent tous des autos, des téléphones, des médicaments qui sont fabriqués avec la même science qu’ils rejettent. La science s’oppose aux croyances. Elle repose sur des connaissances vérifiées ou hautement probables. 

La facilité avec laquelle beaucoup d’Américains adhèrent aux croyances s’explique entre autres par la faiblesse de leur éducation scientifique, tant en sciences naturelles qu’en sciences sociales. 

Zinzins

L’industrie cinématographique américaine cultive depuis longtemps cette propension à croire pour cartonner au box-office. Des groupes religieux de tout acabit proposent des explications abracadabrantes du monde sans que trop personne n’ose les critiquer.

Dans les circonstances, faut-il s’étonner qu’un groupe comme QAnon finisse par peser sur les élections ? Selon QAnon, Kim Jong-un est une marionnette de la CIA, Angela Merkel est la petite-fille d’Adolph Hitler, la famille Rothschild est à la tête d’un culte satanique, etc. Mais surtout, d’après ces zinzins, un groupe de pédophiles essaierait de prendre le contrôle du monde, et Donald Trump tenterait de s’y opposer. 

QAnon possède toutes les caractéristiques d’une secte. Ses membres croient à une vérité cachée qui leur aurait été révélée. Ils sont défiants envers la science. Ils refusent d’écouter les spécialistes qui ont étudié la politique pendant toute leur vie.

Trump et l’irrationalité

L’irrationalité dans la société américaine est de plus en plus forte. Trump incarne bien cette irrationalité. Menteur, se contredisant sans cesse, ne se fiant qu’à ses impressions, il est anti-scientifique. Toute son attitude envers la COVID-19 transpire cette défiance envers la science. Et pourtant, quand il a attrapé le coronavirus, il s’est tourné vers les meilleurs médecins du monde.

Trump et QAnon avancent aussi que les changements climatiques n’existent pas. Pour QAnon, les données sur les changements climatiques relèvent d’une vaste fraude. Encore une fois, les mêmes mécanismes de croyance au merveilleux sont en jeu. Encore une fois, la science est rejetée.

Comme la plupart des dirigeants de sectes fondamentalistes, Trump ne croit probablement pas un mot des âneries de QAnon. Mais il récolte l’argent et les votes de ceux qui y croient.

En ce sens, Trump est irresponsable. Mais en réalité, aucun dirigeant politique n’ose s’adresser directement au cœur du problème et questionner l’industrie de la croyance. Ni aux États-Unis ni ailleurs dans le monde.

Cette crainte empêche de lutter adéquatement contre le terrorisme religieux et contribue à replonger l’Occident dans le Moyen Âge.