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100 milliards $ blanchis en 2019 par le crime organisé

Les criminels canadiens, dont les motards québécois et la mafia montréalaise, camouflent leurs profits

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Au moins 176 groupes criminels ont blanchi jusqu’à 100 milliards $ de leur argent sale l’an dernier au pays, dont des Hells Angels québécois et la mafia montréalaise. C’est ce que le Service canadien de renseignements criminels observe dans son rapport paru à la fin septembre sur le blanchiment d’argent et les stratagèmes pour réinvestir les profits illicites dans l’économie légale. En voici quelques faits saillants.

Le Québec sur le podium... 

Ces liasses comptaient parmi les 8,7 M$ saisis par la GRC en 2019 contre un réseau de blanchiment d’argent.
Photo courtoisie
Ces liasses comptaient parmi les 8,7 M$ saisis par la GRC en 2019 contre un réseau de blanchiment d’argent.

Le Québec vient au troisième rang des provinces canadiennes pour le nombre de groupes du crime organisé qui se livrent au blanchiment d’argent. On y compte une trentaine d’organisations criminelles impliquées dans ce stratagème financier, d’après le SCRC, qui tire ses informations de l’ensemble des corps policiers et autres agences d’application de la loi au pays. 

L’Ontario arrive en tête avec plus du tiers des 176 organisations qui blanchissent des profits illicites, suivie de la Colombie-Britannique, avec le quart.

Pas moins de 115 de ces groupes criminels (65 %) tirent leur argent sale de l’importation et du trafic de cocaïne, tandis que 45 sont actifs dans la vente de drogues de synthèse populaires et bon marché, comme la méthamphétamine. 

Parmi ces groupes, « il y a des membres de chapitres de bandes de motards hors-la-loi de l’Ontario et du Québec, ainsi que des membres [...] de la mafia » et de certains gangs de rue ayant « des liens interprovinciaux », mentionne le SCRC, qui constitue l’agence de renseignements nationale des forces de l’ordre au Canada. 

Les organisations de narcotrafiquants qui blanchissent leurs revenus « entretiennent des liens à l’étranger, surtout aux États-Unis, au Mexique, en Chine, en Colombie et en Australie », d’après ce rapport de 28 pages dont Le Journal a obtenu copie. 

Dans l’économie légale 

Les criminels blanchissent leur argent sale dans plusieurs secteurs de l’économie légale, souvent par le recours à des prête-noms, ce qui complique le travail des autorités. Les entreprises les plus souvent utilisées se trouvent dans la restauration, les bars, le secteur automobile, la construction, la vente au détail, les gymnases et la gestion des déchets.

« Le vaste rayon d’action des entreprises du secteur privé au Canada donne au crime organisé diverses possibilités pour dissimuler les activités de blanchiment et constitue aussi un défi pour la collectivité de l’application de la loi, qui doit déterminer quelles entreprises font du blanchiment d’argent, directement ou indirectement », écrit le SCRC, rappelant qu’il est « difficile » de détecter ces stratagèmes. 

Aidés par des « facilitateurs » 

Les groupes criminels qui blanchissent des millions de dollars ont besoin de ce qu’on appelle des « facilitateurs » pour les aider. Selon la complexité des transactions, les criminels peuvent solliciter des professionnels « corrompus ou utilisés à leur insu », tels des évaluateurs, agents immobiliers, comptables, avocats ou notaires. 

« Les connaissances et compétences spécialisées de ces fournisseurs de service permettent de camoufler la provenance des fonds et la propriété effective », écrit le SCRC, en ajoutant que les professionnels qui participent aux transactions immobilières « ne sont pas tenus de signaler [aux autorités] les activités douteuses ou les transactions importantes au comptant », facilitant ainsi la tâche des criminels. 

L’immobilier est privilégié 

La résidence de 7 M$ d’un présumé leader du réseau visé par la GRC dans l’enquête Collecteur, à Vaughan, en Ontario.
Photo courtoisie
La résidence de 7 M$ d’un présumé leader du réseau visé par la GRC dans l’enquête Collecteur, à Vaughan, en Ontario.

L’un des marchés de prédilection des organisations criminalisées pour blanchir leur argent est celui de l’immobilier, où elles achètent massivement en y dissimulant les fruits de la criminalité. 

« Les biens immobiliers constituent un moyen intéressant d’investir des fonds illicites parce qu’ils offrent un endroit où habiter, un investissement de grande valeur [et] relativement sûr et un lieu d’où on peut exercer d’autres activités criminelles », comme l’exploitation de casinos clandestins ou de la prostitution. 

Les criminels cachent souvent l’identité des véritables propriétaires aux autorités « afin de ne pas éveiller les soupçons et réduire le risque de saisie », ajoute le SCRC. 

La Cryptomonnaie en hausse 

Le crime organisé utilise de plus en plus le bitcoin et autres cryptomonnaies.
Photo AFP
Le crime organisé utilise de plus en plus le bitcoin et autres cryptomonnaies.

Comme le reste de la population, les criminels au Canada utilisent « de plus en plus » les cryptomonnaies, comme le bitcoin, puisque « les opérations sont confidentielles et il est difficile pour les organismes d’application de la loi d’identifier les parties concernées » dans de telles transactions. Les Hells Angels et la mafia italienne sont également du nombre, selon le SCRC. 

« En tant qu’outil de blanchiment d’argent, la cryptomonnaie permet de transférer d’importantes sommes d’argent à l’abri de la surveillance du secteur financier traditionnel et des exigences de signalement liées à d’autres types d’opérations », note-t-on dans le document.