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La décapitation de la pensée

Université d'Ottawa
Photo d’archives La vigilance contre la censure : une nécessité.

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En décapitant en pleine rue au cri de Allah akbar Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie d’un collège d’une paisible banlieue parisienne, le terroriste tchétchène de 18 ans s’en prenait à un transmetteur de connaissances, un homme ouvert aux idées – mais pour combien de temps ? – dans nos sociétés de liberté de parole.

L’horreur n’a pas de limites. Le professeur de 48 ans s’est servi des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo comme exemple pour enseigner à ses élèves la signification du mot « liberté ». Auparavant, il avait invité ses étudiants musulmans que ce cours pouvait troubler à quitter la classe. Cette délicatesse et ce respect de l’Autre n’ont été d’aucun secours. Un père d’élève l’a dénoncé sur les réseaux sociaux. Ce fut l’appel au meurtre.

Nous savons depuis des décennies que la censure des professeurs en ce qui concerne des sujets désormais « délicats », comme le racisme ou la sexualité sous toutes ses formes, bref tous ces tabous nés dans l’affirmation des droits des minorités, impose sa loi.

C’est peu dire que les revendications de la majorité encore blanche et dans le cas du Québec francophone sont malvenues. Elles n’ont pas en fait l’oreille des militants minoritaires radicaux qui, eux, en mènent parfois large dans les classes.

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Radicalisme étudiant

À l’Université d’Ottawa, la professeure Verushka Lieutenant-Duval l’a appris à son corps défendant en tentant en anglais de mettre en contexte l’usage du mot « nigger » dans son cours sur la représentation des identités sexuelles. La professeure, accusée de racisme, a été suspendue sous la pression d’étudiants scandalisés.

Une quarantaine de ses collègues, très majoritairement francophones, se sont portés à sa défense, déclenchant immédiatement sur les réseaux sociaux des injures du genre « fucking frogs » une expression utilisée historiquement contre les francophones, « maudits mangeurs de grenouilles ». 

Le recteur Jacques Frémont défend les étudiants qui ont dénoncé l’enseignante. « Nous sommes en train de prendre conscience des diverses manifestations de ce racisme systémique », a-t-il déclaré hier. Il a souligné que « la liberté d’expression et le droit à la dignité sont deux principes qui doivent être réconciliés ».

Comprenons bien que cela signifie que l’indignation d’un étudiant est souvent subjective et personnelle et qu’en ce sens, chacun peut être choqué par des propos qui ne lui conviennent pas. Alors comment peut se vivre la liberté d’expression ?

Peur

La France paie le prix le plus élevé pour perpétuer sa tradition de liberté d’expression. Elle le paie du sang de ses citoyens qu’on assassine. C’est encore une déclaration de guerre par les islamistes contre la France.

Nous n’en sommes pas encore là. Mais quand mon collègue et ami Richard Martineau se fait dénoncer par des journalistes des autres médias comme étant raciste et islamophobe, il devient lui aussi une cible.

N’oublions pas qu’on a fait taire Robert Lepage et que le TNM a retiré de l’affiche son spectacle SLĀV. La censure se répand dans toutes les sphères académiques, médiatiques et culturelles. Or personne ne descend dans la rue pour protester. Le silence est en train de gagner sur la parole. Où allons-nous, grands dieux ?