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AUCUNE éclosion n’a été constatée dans les théâtres

ART-ADIEU-MONSIEUR-HAFFMAN
Photo d'archives, Agence QMI (Joël Lemay) Ariel Ifergan, Renaud Paradis et Julie Daoust répètent la pièce Adieu M. Haffmann.

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Monsieur Legault,

Le 28 septembre, je suis dans ma loge, au Théâtre du Rideau Vert. Soir de générale, devant un petit public composé de nos proches. Mes collègues aussi sont dans leur loge. Chacun dans son lieu. On respecte les consignes.

Bref, je suis dans ma loge, armée de mes rouleaux chauffants et de mon jupon de 1940. 

Nos téléphones résonnent à l’unisson à l’écoute de votre conférence de presse. Même si nous sommes loin les uns des autres, je sens le souffle court de mes camarades.

L’annonce est faite. Fermeture. 

Coup de poing au ventre. 

C’était il y a deux semaines. 

Vous allez réévaluer les mesures mises en place à la lumière des nouvelles données que vous aurez. Vous prendrez les décisions les plus justes possible. Je ne remets pas votre jugement en question ni les difficultés auxquelles vous faites face. 

Pas évident pour vous de trouver une ligne de conduite qui plaise à tous. 

Impossible en fait. 

On doit tous participer à l’effort de guerre et suivre les consignes. Mais quand le choix de ces consignes semble incohérent, arbitraire et injuste, il devient plus difficile d’être docile. Pourtant, nous le sommes, dociles, et ce, depuis le début.

  • Écoutez l’entrevue de l’actrice Julie Daoust sur la fermeture des théâtres

Distanciation respectée

Dans une salle de 450 places sur deux étages, avec une ventilation efficace, il n’y a qu’une centaine d’individus admis, tous espacés de deux mètres. Les gens gardent leur masque jusqu’au lever du rideau et le remettent au salut des acteurs. Les représentations ne durent pas plus qu’une heure trente. Pour la sortie, tout est organisé. Les gens restent à leur place, masque au visage, jusqu’à ce qu’ils se fassent escorter, rangée par rangée, afin d’éviter les amoncellements. TOUT est désinfecté après le passage des spectateurs et plus personne ne va dans la salle jusqu’à la prochaine représentation.

Sans être impossibles, les risques de propagation sont assez improbables. 

À preuve, aucune éclosion n’a été constatée dans les théâtres. AUCUNE.

Ces mesures sanitaires ont été appliquées à la lettre pour que les arts vivants puissent exister pendant la pandémie.

Pas après. Pendant. 

Selon les experts de la Santé publique, il semblerait que si les spectateurs portaient le masque pendant les représentations, les risques de contaminations seraient à peu près nuls. 

Pourquoi pas? 

On ne peut pas fermer les services essentiels et l’économie doit continuer à rouler.

Bien sûr. Mais vous avez lu les articles relatant des regroupements au centre d’achat et autres bingos. Où est la cohérence?

Sacrifions les arts sur l’autel de la consommation. Ça plaira plus aux électeurs...

Et la culture?

Vous vantez les mérites de la culture, mais concrètement, qu’est-ce qu’elle représente pour votre gouvernement? Vous êtes prompt à parler de l’importance du sport pour les jeunes. Vous avez raison, pour plusieurs, c’est salutaire. Mais ceux dont c’est l’art, l’exutoire? Ceux qui développent un sentiment d’appartenance ou trouvent la motivation d’aller à l’école grâce à «la gang d’impro» ou à la chorale, ils sont absents de vos discours. Que doit-on en comprendre? 

S’élever l’esprit, combattre l’ignorance, apprendre l’ouverture à l’autre, se divertir, être poussé à la réflexion, trouver et créer un sens, pffff... C’pas vraiment important...

Comme le disait dernièrement Daniel Bélanger : «En campagne, le terrain, c’est la nature. En ville, c’est la culture».  

C’est un terrain vaste, foisonnant et fertile. Les arts vivants n’en représentent qu’une partie de cette culture, mais toute une, non négligeable. La partie «vivante» justement. Celle de la rencontre, de l’échange, du partage avec un public qui a soif, surtout en ces temps sombres, d’oublier un instant sa solitude et de vivre un moment unique. 

C’est un extraordinaire antidote à la morosité actuelle. 

Que vous décidiez ou non de rouvrir les salles de théâtre, nous respecterons votre décision. La santé du public restera toujours la priorité. Mais naïvement, j’espère que vos choix seront mus par votre désir de protéger la population, sans être voilés par des visées politiques et électoralistes. 

Le 29 octobre, si vous avez besoin d’une pause, je vous invite à voir Adieu M. Haffmann au Rideau Vert. C’est à 19h30. 

N’oubliez pas votre masque. 

Je vous le jure, vous serez en sécurité. Et ça vous fera du bien. 

Julie Daoust

Actrice

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