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En quête de succès depuis un quart de siècle

PATRICK ROY
Photo d’archives Patrick Roy avait raconté avoir appris la nouvelle de la nomination de Réjean Houle et Mario Tremblay comme DG et entraîneur-chef du Tricolore en regardant la télé après sa sieste. « Je suis allé prendre une douche pour voir si j’étais bien réveillé ! » avait-il lancé.

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Je me souviens du 21 octobre 1995 comme si c’était hier. C’était un samedi. Les partisans du Canadien étaient encore sous le choc des congédiements de Serge Savard et de Jacques Demers annoncés quatre jours plus tôt. Une conférence de presse avait été convoquée pour 16 h dans le hall d’entrée du Forum pour dévoiler l’identité de leurs successeurs.

Les informations avaient commencé à couler. Réjean Houle succéderait à Savard au poste de directeur général. Houle avait choisi, quant à lui, Mario Tremblay pour prendre la relève de Demers derrière le banc.

C’était la pure vérité, mais personne n’arrivait à y croire. Certains ont failli tomber de leur chaise quand ils ont vu Ronald Corey monter sur le podium suivi de Houle, Tremblay et Yvan Cournoyer, qui s’amenait comme entraîneur adjoint.

« Dites-moi que je rêve », avait soufflé le journaliste Red Fisher, qui était venu prendre place entre moi et mon ancien collègue Mario Leclerc, dans la première rangée. 

Le vieux Red en était à sa 40e année à la couverture du Canadien. Il s’est rendu à 57 !

Roy en ajoute

Vaincu à ses cinq premiers matchs, le Canadien avait remporté sa première victoire de la saison, ce soir-là, en battant les Maple Leafs de Toronto 4 à 3. Pierre Turgeon avait marqué le but vainqueur avec une seconde à faire en troisième période.

Les journalistes n’avaient cependant aucune question à poser en rapport avec la rencontre lorsque la porte du vestiaire leur avait été ouverte. On voulait connaître les impressions des joueurs concernant les embauches de Houle et de Tremblay.

Patrick Roy a raconté qu’il venait de se réveiller de sa sieste chez lui quand il a appris la nouvelle à la télévision. Lui aussi était renversé.

« Je suis allé prendre une douche pour voir si j’étais bien réveillé ! » avait-il lancé.

Ça commençait bien !

Moins de deux mois plus tard, Roy se voyait montrer la sortie à son tour dans les circonstances que l’on connaît.

Marqués au fer rouge

Pour la suite, je vous invite à lire les témoignages que Ronald Corey, Serge Savard et Bernard Brisset, alors vice-président aux communications chez le Canadien, ont livrés à mon confrère Jonathan Bernier.

Houle n’a pas voulu faire de commentaires tandis que Tremblay n’a pas rendu les appels de Jonathan.

On peut les comprendre. Ce qui se voulait comme une grande aventure pour eux a tourné au pire des cauchemars. Les deux sont sortis de là écorchés. 

Vingt-cinq ans plus tard, leurs noms restent associés à ce que plusieurs considèrent comme le début de l’effondrement de l’empire du Canadien.

C’est un lourd fardeau à porter pour ces deux hommes qui ont le CH tatoué sur le cœur. Ronald Corey a une grosse part de responsabilité dans l’histoire. Il avait pris un risque énorme en leur confiant des postes pour lesquels ils n’avaient aucune expérience.

Il en a payé le prix quelques années plus tard.

Descente aux enfers

Est-ce juste de dire que le Canadien ne s’est jamais remis de ce sombre chapitre de son histoire ?

Je réponds qu’il aurait dû s’en remettre il y a longtemps.

Il ne fait pas de doute que les années 1995 à 2001 ont été désastreuses. Personne n’aurait jamais pensé voir le Canadien descendre aussi bas.

Pour ajouter aux difficultés, les Brasseries Molson du Canada, à qui le Tricolore appartenait, ne voulaient plus jouer au jeu de la surenchère.

À une époque où il n’y avait pas de plafond salarial, Réjean Houle devait se débrouiller avec un budget d’une trentaine de millions de dollars. Les Red Wings, les Rangers et les Maple Leafs roulaient pour leur part dans les 70 à 80 millions.

Non seulement il n’y avait plus d’argent à faire avec le Canadien, mais les contre-performances de l’équipe affectaient les ventes chez Molson. 

C’est ainsi que l’équipe fut vendue à George Gillett.

Mêmes résultats

Grâce à Ray Lalonde, l’image de marque du CH a repris de la valeur, mais les problèmes ont persisté sur la patinoire.

Les hommes de hockey de Gillett n’ont pas réussi à élever le Canadien parmi les meilleures équipes de la LNH. J’exclus André Savard du groupe parce qu’il n’a pas eu suffisamment de temps pour faire son travail.

Gillett a décidé de le remplacer par Bob Gainey, qui lui avait été recommandé par Dan O’Neill, président de Molson-Coors à l’époque. À partir de ce moment, le Canadien a commencé à perdre son identité francophone.

Pierre Gauthier a été la continuité de Gainey. Il était son adjoint depuis plusieurs années quand Gainey a conseillé à Geoff Molson de lui confier le poste de DG.

Avenir plus prometteur

Depuis huit ans, le ballon est entre les mains de Marc Bergevin. Certains DG ont été congédiés pour moins que ce qu’il a accompli depuis son arrivée. Mais Bergevin mise sur la confiance absolue de Geoff Molson.

L’avenir augure mieux à la suite des ajouts qu’il a apportés à sa formation ces dernières semaines.

A-t-il finalement trouvé la bonne recette ?

C’est à souhaiter pour les amateurs. Car s’il y a une constante qui s’est perpétuée au cours des 25 dernières années, c’est leur appui indéfectible.