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Près d’un Américain sur deux ne votera pas

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AFP

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S’il y a bien eu quelques années fastes pour le taux de participation, depuis une bonne trentaine d’années il est généralement en baisse, de nombreux Américains préférant, croit-on, bouder l’exercice démocratique le plus influent.

Encore mercredi, le président Barack Obama centrait une portion de son allocution sur la nécessité de se déplacer pour enregistrer son vote. Je ne sais pas si le contexte actuel ou l’intervention du premier président noir suffiront à stimuler près de la moitié de la population qui n’exerce pas son privilège.

Si, mardi, je m’interrogeais sur ce qui peut bien expliquer l’indécision de 2 à 5% de ceux qui voteront, je me questionne également sur les motifs invoqués pour justifier un nombre si élevé d’abstentions. Indifférence ou ignorance? Il y a bien plus que cela.

Ces jours-ci, de nombreuses plateformes de médias ou d’analyse politique s’interrogent sur le phénomène, et on en dégage quelques réponses intéressantes. L’organisation Global Citizen énumère cinq principaux facteurs expliquant qu'un citoyen ou une citoyenne choisisse d’ignorer le jour du scrutin.

Au moins deux des facteurs présentés reposent sur un degré de confiance faible à l’égard du système. Soit on s’abstient de voter parce qu’on croit que son vote est inutile, soit on considère que les formations politiques et les candidats nous ignorent. On ne trouve son compte ni dans les personnes ni dans les plateformes.

Plus inquiétant peut-être, d’autres facteurs sont liés au fait qu’on n’offre pas aux électeurs des conditions favorables à l’exercice du droit de vote. Dans certaines situations, on pourrait aisément apporter des correctifs si tous les intervenants impliqués souhaitaient honnêtement un taux de participation plus élevé.

Les élections américaines se déroulent toujours le mardi suivant le premier lundi de novembre. La formule est simple et le repère évident pour tout le monde. Mais voter en pleine semaine constitue-t-il le meilleur moyen de s’assurer de la participation du plus grand nombre? 

Ailleurs dans le monde, on vote souvent le dimanche. De plus, ce ne sont pas tous les États américains qui favorisent le vote par la poste. Nous le constatons tout particulièrement cette année, alors que la pandémie complique la tâche de tout le monde.

Pire que le moment retenu pour enregistrer son vote, certaines exigences de trop nombreux États font en sorte que des gens qui aimeraient voter ne sont pas en mesure de le faire! Ils sont actuellement 21 millions d’Américains à ne pas être en mesure de se procurer l’identification nécessaire à l’enregistrement sur les listes électorales.

Comment est-ce possible? Une question de coûts, d’accessibilité au service d’identification, de transport, d’âge ou d’information. Au 21e siècle, cette grande puissance n’assure pas à tous et à toutes, surtout les plus âgés et les plus démunis, la possibilité d’exercer un droit fondamental.

Le site POLITICO, inspiré par une étude de la Knight Foundation, est parvenu à établir un portrait type de la personne qui n’exerce pas son droit de vote. Il s’agit d’une personne dont les revenus sont faibles ou modestes, qui souffre d’insécurité au travail, souvent issue d’une minorité, qui peine à boucler le budget entre deux paies et qui a peu de temps pour s’informer.

Parce que leur électorat ne se compose pas principalement de cette clientèle, on accuse régulièrement les républicains de ne pas déployer suffisamment d’efforts pour favoriser sa participation ou, pire, on l’accuse de tout faire pour la freiner.

Les démocrates essuient eux aussi leur part de critiques. De plus en plus populaire auprès des élites intellectuelles et cultivées, le parti semblerait tenir pour acquis que tout le monde a accès à une bonne éducation et que tous les électeurs potentiels sont bien informés, à la fois des enjeux et des procédures.

Vous imaginez, si 21 millions de personnes supplémentaires se prononçaient le 3 novembre? Les résultats pourraient être chamboulés et les surprises potentielles seraient nombreuses. Mais, de cela, on parle trop peu...