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Un État à la remorque des investisseurs

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Le Devoir nous a appris qu’Investissement Québec a reçu l’autorisation de vendre sa compagnie Nemaska Lithium au Groupe Pallinghurst, une entreprise «que l’on dit londonienne» mais qui a pignon sur rue à St Peter Port sur l’île de Guernesey. On se rappelle que cette île fut la terre d’exil de Victor Hugo. Elle est aussi la terre d’exil des profits des compagnies, car selon Wikipédia, les «services financiers» de l’île comptent pour 55% de ses revenus et les faibles taxes font de Guernesey un «paradis fiscal populaire».  

Après avoir mis et perdu beaucoup d’argent depuis plusieurs années dans cette aventure, Québec n’avait pas d’autre choix que de s’accrocher à Pallinghurst, ayant perdu depuis trois ans une dizaine d’investisseurs aux portes tournantes de Nemaska. Quant à devoir tolérer un partenaire pouvant pratiquer l’évitement fiscal qui règne chez les entreprises de Guernesey, on a dû penser «qu’à cheval donné on ne regarde pas la bride». 

Compétence requise dans un contexte très compétitif

Qu’adviendra-t-il de cette affaire ? Nul ne le sait, mais il est fort possible que les jeux soient loin d’être faits si l’on s’en tient à ce que l’on a annoncé auparavant et qui n’a jamais abouti. Lithium et Flyng Whales, deux dossiers qui vont et viennent sans que l’État montre sa compétence dans sa façon d’exploiter nos richesses naturelles, notamment dans un contexte de compétitivité féroce. On ne connait pas la stratégie de l’État québécois à l’égard de ses investissements dans le lithium comme dans les métaux rares et les terres rares. Il en est de même pour le graphite dans lequel Investissement Québec s’est lancé en devenant actionnaire de la compagnie Nouveau Monde Graphite de Saint-Michel-des-Saints dont l’actionnaire principal (peut-être chinois) est inscrit à la Caisse canadienne de dépôts. Il semble que, là aussi, les investisseurs ne se pressent pas aux portes de cette compagnie. Leurs craintes viennent-elle du fait qu’elle se trouve en compétition avec un État comme la Chine qui pratique le dumping sur le marché des métaux (Guillaume Pitron, la Guerre des métaux rares) ? 

Gestion de nos richesses naturelles

Dans le cas des mines, nos gouvernements semblent patauger dans un domaine que l’on peut associer à une ligue majeure où les joueurs doivent montrer leur habileté. En négligeant de réviser et même de changer totalement ses façons de gérer nos richesses naturelles, Québec se place toujours à la remorque des investisseurs et montre ainsi un état d’inaptitude qui risque de pénaliser ses citoyens en les faisant voir comme des «enfants d’école» ou comme des amateurs. 

Jean-Marie Desgagné, ing.

Québec

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