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Une personne sur trois victime de violence sexuelle au cégep

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Une personne sur trois est victime de violence sexuelle au cégep, selon la toute première étude réalisée sur le sujet dans cinq établissements québécois.

«Je suis quand même assez surprise de l’ampleur des résultats», affirme la chercheuse de l’UQAM qui a coordonné cette enquête, Manon Bergeron. 

Les conclusions sont semblables au phénomène documenté par la même équipe dans les universités québécoises en 2016. 

Or Mme Bergeron s’attendait à des résultats moins élevés, puisque les étudiants restent généralement moins longtemps au cégep qu'à l'université. 

Environ 6000 personnes qui étudient ou travaillent dans l’un des cinq cégeps visés par l'étude (voir ci-contre) ont répondu à l’automne 2019 à un questionnaire en ligne.  

Plus du tiers des répondants (35,9%) ont rapporté avoir vécu au moins une forme de violence sexuelle commise par une autre personne affiliée au cégep depuis leur arrivée dans l'établissement.  

Près de 30% ont indiqué avoir été victimes de violence sexuelle au cours de l’année précédant l’enquête. 

Parmi les professeurs, la proportion est encore plus élevée: près d’une enseignante sur deux affirme avoir déjà vécu de la violence sexuelle depuis son arrivée au cégep. 

«C’est quand même un pourcentage très élevé, c’est une donnée étonnante», lance Mme Bergeron. 

Ces résultats ont été recueillis dans cinq cégeps, mais «il n’y a rien qui nous indique que la situation n’est pas similaire dans l’ensemble des cégeps», précise la chercheuse. 

Près de la moitié des victimes ont déclaré que l’incident avait eu des conséquences négatives dans leur vie. 

Les femmes, les personnes appartenant aux minorités de genre et sexuelles, de même que les personnes dont l’orientation sexuelle est incertaine, sont plus susceptibles d’avoir été victimes de violence sexuelle. 

Très peu de dénonciations

Autre phénomène préoccupant, selon Mme Bergeron: neuf personnes sur dix n’ont jamais dénoncé ou signalé la situation à un intervenant du cégep.  

Plusieurs ont affirmé qu’ils ne pensaient pas qu’il s’agissait de violence sexuelle ou qu’ils croyaient que la situation n’était pas assez grave pour être signalée. 

«Ça démontre l’importance de faire de la sensibilisation sur ce qui est inacceptable», selon Mme Bergeron. 

Les comportements pris en compte lors de cette enquête, qui vont des regards offensants jusqu’à la coercition sexuelle, font l’objet d’un «consensus qui se dégage» concernant les différentes facettes de la violence sexuelle, explique-t-elle, ajoutant que, «pour lutter efficacement contre la violence sexuelle, il faut vraiment s’attaquer à l’ensemble de ses manifestations». 

Des mesures en place dans tous les cégeps

À la suite de l’adoption de la loi 151, il y a deux ans, tous les cégeps et toutes les universités ont dû se doter d’une politique pour lutter contre les violences sexuelles, en place depuis le 1er septembre 2019.  

Il faudra toutefois attendre quelques années avant de pouvoir en mesurer l’impact, indique Mme Bergeron, qui se montre optimiste. 

«La loi donne quand même beaucoup de clés, de possibilités et de mesures», note-t-elle. 

Or il est maintenant temps de mettre en commun les ressources disponibles pour aller plus loin, ajoute l’experte. 

«Les cégeps et les universités font ce qu’ils peuvent, avec toute leur bonne volonté, estime Mme Bergeron. Il faut maintenant réunir les expertises [...] et voir comment on peut construire des bonnes pratiques qui vont vraiment permettre de lutter efficacement contre les violences à caractère sexuel.»

  • Écoutez l’entrevue de l’étudiante et instigatrice d'une pétition sur les violences sexuelles Alexandra Dupuy avec Geneviève Pettersen

Enquête PIECES    

Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité   

  • Cinq établissements participants: Cégep de Jonquière, Cégep de Sainte-Foy, Cégep de l’Outaouais, Collège Montmorency et Collège Ahuntsic    
  • 36% des répondants affirment avoir déjà vécu une forme de violence sexuelle    
  • 30% en ont vécu pendant l’année précédant l’enquête    
  • 43,5% des étudiantes en ont été victimes    
  • 44,8% des membres du personnel en ont été victimes       

Trois formes de violence sexuelle ont fait l’objet de cette enquête:   

  • Harcèlement sexuel (regards offensants, remarques désobligeantes, commentaires sexuels insultants, etc.)    
  • Comportements sexuels non désirés (contact physique ou tentative de relations sexuelles sans consentement)    
  • Coercition sexuelle (conséquences négatives devant un refus, climat de peur ou de représailles)