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«Borat 2»: ce n’est pas parce qu’on rit...

«Borat 2»: ce n’est pas parce qu’on rit...
Photo AFP

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Sacha Baron Cohen ressort son personnage de Borat, le journaliste, son pamphlet satirique étant parfaitement représentatif de la folie qui règne actuellement au sud de la frontière. 

Le personnage de Borat est de retour 14 ans après sa première apparition. Ce qui choquait à l’époque dans le comportement des «victimes» des supercheries de Sacha Baron Cohen est (malheureusement) aujourd’hui devenu la norme. Comme son prédécesseur, ce Borat Subsequent Moviefilm: Delivery of Prodigious Bribe To American Regime For Make Benefit Once Glorious Nation of Kazakhstan (ou Borat, le film d'après: l'incroyable subterfuge au régime américain pour mettre en lumière la nation du Kazakhstan, jadis si glorieuse) de son titre complet, jette un éclairage cru sur le racisme, l’antisémitisme, la misogynie, les théories de conspiration, et toutes ces joyeusetés qui prévalent, avec un regain d’énergie actuellement, aux États-Unis.

La première demi-heure de ce long métrage en forme de mockumentary (un faux documentaire humoristique) se situe dans la lignée du premier Borat et du fort pertinent Brüno (2009), les tactiques de l’acteur britannique s’essoufflant ensuite quelque peu. On réalise néanmoins toute l’intelligence de Sacha Baron Cohen qui, en se concentrant sur un sujet, non seulement en accentue le ridicule, mais en montre toutes les ramifications sociales et politiques.

Le fil narratif, alors que Borat doit «offrir» sa fille Tutar (Maria Bakalova à l’aplomb égal à celui du comédien) au vice-président Mike Pence, sert à braquer les projecteurs sur le sectarisme de l’Américain moyen. Présenté dans toute sa stupidité crasse, le partisan type de Donald Trump est tour à tour (et parfois même simultanément) au mieux inconscient, au pire, intolérant et obtus.

Avec la férocité qui le caractérise, Sacha Baron Cohen sort donc son lance-flammes figuré pour épingler un pasteur antiavortement, un vendeur d’armes «contre les Tsiganes», les participants à un bal de débutantes, une vendeuse de gâteaux qui ne sourcille pas devant le message antisémite à inscrire sur la sucrerie... et, bien sûr, l’ancien maire de New York Rudolph Guliani (qui, contrairement à la controverse soulevée, ne pose aucun geste sexuel, mais fait montre d’un paternalisme d’un autre âge à l’endroit d’une Maria Bakalova «relookée» en journaliste). On rit, mais d’un rire grinçant, et on se prend à se demander si le premier Borat et le tout aussi caustique Brüno ne constituaient pas des cris d’alarme devenus, avec le recul, étrangement prophétiques.

Borat 2 est offert aux abonnés d’Amazon Prime.

Note: 3,5 sur 5