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Les Chiliens appelés à un référendum sur un changement de Constitution

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Un an après l’éclatement d’une contestation d’une ampleur inédite contre les inégalités, les Chiliens sont appelés à se prononcer dimanche par référendum sur un changement de Constitution, considérée par beaucoup comme un frein à plus de justice sociale.

Cette demande figurait en bonne place dans les revendications des manifestations qui ont éclaté à partir du 18 octobre 2019 pour se transformer en une vague de contestation sociale sans précédent depuis le retour de la démocratie en 1990.

Pour les partisans du « Apruebo » (je suis d’accord), essentiellement dans l’opposition de gauche, une nouvelle Constitution lèverait un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales, dans un des pays parmi les plus inégalitaires d’Amérique latine.

« Je suis d’accord (Apruebo) pour que la dignité devienne la normalité », peut-on lire sur des graffitis sur de nombreux murs de la capitale.

Les défenseurs du « Rechazo » (je rejette), qui rassemblent les partis les plus conservateurs, estiment de leur côté qu’il est possible d’introduire des changements dans le texte fondamental, garant selon eux ces dernières décennies de la stabilité du Chili, sans avoir besoin de le remplacer.

« Je ne veux pas que mon pays tombe dans les mêmes mains qu’en Argentine ou au Venezuela et tous ces pays qui sont un désastre », estime Hernan Allende, un agent immobilier de 63 ans.

A l’occasion du vote, les électeurs devront répondre à deux questions: l’une sur le remplacement ou non de la Constitution et l’autre, le cas échéant, sur la méthode pour la rédiger, à savoir la mise en place d’une « Convention mixte » composée à parts égales de citoyens élus et de parlementaires en exercice, ou d’une « Convention constituante » intégralement composée de citoyens élus.

Selon un dernier sondage de l’Institut national Cadem, le « Apruebo » l’emporterait à 74%.

Pour ses partisans, il s’agirait également de se débarrasser des derniers stigmates de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), le texte fondamental en vigueur ayant été approuvé le 11 septembre 1980 lors d’un référendum controversé.

Initialement prévu le 26 avril, le scrutin avait été finalement repoussé à fin octobre en raison de l’épidémie qui a durement frappé le pays de 18 millions d’habitants, mais qui se stabilise désormais.

« Pas 30 pesos, mais 30 ans »

En octobre 2019, alors que le président conservateur Sebastian Piñera décrétait que le Chili était un « oasis » de stabilité en Amérique latine, l’augmentation de 30 pesos (3 centimes d’euros) du prix du ticket de métro allait subitement déclencher une crise sociale sans précédent dans le pays.

Cette revendication portée par des lycéens enjambant les portiques du métro a mis au jour un profond malaise dans la société chilienne où l’eau, l’électricité, le gaz, ainsi que l’éducation, la santé et les retraites relèvent essentiellement du secteur privé.

L’action de l’État étant limitée dans ces domaines par la Constitution, il s’agissait dès lors pour les manifestants d’en changer.

« Ce n’est pas 30 pesos, mais 30 ans » d’inégalités depuis la fin de la dictature, dénonçaient les manifestants, qui le 25 octobre dépassaient le million sur la Plaza d’Italia, épicentre des rassemblements. Du jamais vu dans le pays sud-américain.

Le 15 novembre, après un mois de violentes manifestations, la coalition gouvernementale et les principaux partis d’opposition parvenaient à un accord historique sur l’organisation de ce référendum.

Par cette décision, la classe politique a « décodé correctement » la crise qui se manifestait la rue, estime le philosophe politique Cristobal Bellolio, qui espère que ce référendum « aura la capacité de légitimer les institutions politiques pour les 30 ou 40 prochaines années ».

La crise a aussi révélé un maintien de l’ordre brutal: la police chilienne a été accusée « de graves violations des droits de l’Homme » par l’ONU et Amnesty International (AI).

Au total, les incendies, pillages et la répression ont fait trente morts. Quelque 460 personnes ont par ailleurs été éborgnées par les tirs de chevrotine.

Le président Piñera, qui n’a pas déclaré publiquement s’il était « Apruebo » ou « Rechazo », a appelé les Chiliens à voter massivement et espère ainsi une « réconciliation nationale ».