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Mon «top-10» des mensonges tenaces de Trump

Le président des États-Unis, Donald Trump
Photo AFP Le président des États-Unis, Donald Trump

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Le dernier débat de la campagne présidentielle a été pour Donald Trump une occasion de répéter encore une fois une litanie de mensonges bien établis.

Ce n’est pas nouveau, Donald Trump ment constamment. Je laisserai de côté les hyperboles subjectives, comme son affirmation sans cesse répétée qu’il est la personne la moins raciste dans le monde entier. Je me concentrerai ici sur les affirmations qu’il fait depuis des mois ou des années et qui sont manifestement, objectivement fausses. 

Par exemple, le détecteur de mensonges du Washington Post a répertorié, en date d’hier, 22 247 déclarations fausses, exagérées, trompeuses ou carrément mensongères de la part du président dans les 1316 jours depuis son entrée en poste. En campagne électorale, le rythme du moulin à mensonges s’accélère pour atteindre près de 50 faussetés par jour, selon la même source.

Voici mon «top-10» de ses affirmations qui ont été rapportées et prouvées fausses dans le domaine public, dont la plupart ont été énoncées, sous une forme ou sous une autre, lors du débat d’hier soir. Il est impossible que personne ne lui ait dit que ces affirmations sont fausses, et on peut donc affirmer que ce ne sont pas que des faussetés, ce sont des mensonges purs et simples. 

1. Sans Trump, la COVID-19 aurait fait 2,2 millions de victimes

Pour déguiser la catastrophe monumentale qu'est sa gestion de la pandémie, Donald Trump cite des études qui estiment que, si absolument rien n’était fait pour la contrer, la COVID-19 pourrait faire jusqu’à 2,2 millions de morts aux États-Unis. À sa face même, cette affirmation est ridicule. On ne peut pas présumer qu’une autre administration n’aurait strictement rien fait et, même si le gouvernement fédéral n’avait rien fait, les autres paliers de gouvernement et les acteurs privés auraient pu faire quelque chose. Pour juger du succès de la gestion de crise aux États-Unis, il faut la comparer à celle d’autres pays en procédant à des ajustements pour tenir compte de la population et d’autres facteurs pertinents. En proportion de la population, le bilan des États-Unis est le huitième parmi les pires au monde, et la situation s’y aggrave plus rapidement qu’ailleurs. Objectivement, la gestion de la crise aux États-Unis est un échec monumental.


2. Le coronavirus est en voie de disparaître aux États-Unis

C’est ce que Donald Trump affirme constamment depuis le jour 1 de cette crise. C’était faux en février et c’est encore faux aujourd’hui. Bien sûr, cette crise aura un jour une fin, mais il est malhonnête de dire que la crise est déjà maîtrisée et qu’elle sera réglée en quelques semaines, comme le président continue de le répéter à tout va. 


3. La fermeture des frontières aux vols en provenance de Chine a sauvé les États-Unis

Chaque fois que Trump est interpellé sur son inaction face à la pandémie, il mentionne cette fermeture des vols en provenance de Chine. D’abord, les arrivées n’ont pas toutes été interdites. Des dizaines de milliers de passagers ont pu passer à travers les mailles du filet après cette annonce. De plus, le virus a fort probablement atteint la côte est des États-Unis en provenance d’Europe. De toute façon, même une interdiction totale des vols en provenance de l’étranger aurait été insuffisante sans un plan coordonné pour le dépistage et la recherche des contacts. Même si la fermeture des vols était une décision correcte, le rappel constant de la seule action significative de son administration est une béquille sur laquelle Trump s’appuie pour masquer l’absence totale de plan concerté pour la gestion de la pandémie dans les premières semaines fatidiques de sa propagation. 


4. Le mur à la frontière sud est en voie d’achèvement et il est payé par le Mexique

Ces affirmations sont totalement fausses, comme presque tout ce que Trump affirme au sujet de ce mur. Les Mexicains n’ont pas versé un seul peso aux États-Unis pour la construction du mur. La plupart des sections nouvelles ont été bâties pour remplacer des sections désuètes et la distance couverte par de nouvelles structures totaliserait moins d’une dizaine de kilomètres. Et je ne parlerai pas des coûts astronomiques des sections qui ont été bâties ou rénovées depuis son arrivée au pouvoir, plus de 20 millions de dollars par mille (1,6 km) selon certains estimés, pour un coût total de plus de 11 milliards, ce qui en ferait, de loin, le mur frontalier le plus cher au monde. On aura plusieurs années, après la fin du mandat de Trump, pour comprendre qui s’est enrichi indûment aux dépens des contribuables dans cette gigantesque entreprise.


5. La Russie souhaite sa défaite

C’est ridicule. Vladimir Poutine a dit lui-même, lors de la rencontre d’Helsinki, qu’il souhaitait la victoire de Trump en 2016 et la présence de Trump à la Maison-Blanche demeure pour la Russie la meilleure chose qui ait pu arriver à sa politique étrangère depuis la chute de l’Union soviétique. Parmi les gains de la Russie, on peut mentionner: les divisions fomentées par Trump dans l’Alliance atlantique; la détérioration des relations économiques et politiques entre les États-Unis et l’Union européenne; l’assouplissement de plusieurs des sanctions économiques imposées à la Russie; le refus de Trump de condamner Poutine pour les primes offertes aux moudjahidines afghans pour l’assassinat de militaires américains... La liste pourrait s’allonger (voir, par exemple, ici) et on est en droit de se demander si Trump travaille pour la Russie, qu’il en soit conscient ou non.


6. L’enquête Mueller n’a rien trouvé de répréhensible dans sa conduite

C’est faux. L’enquête Mueller a relevé de très nombreuses connexions entre la campagne de Trump et des agents de la Russie. Elle n’a pas pu établir hors de tout doute raisonnable que ces contacts représentaient un «complot» au sens de la loi, entre autres à cause des entraves à la justice clairement établies dans la deuxième partie du rapport, y compris celles qui ont été commises par Roger Stone et pour lesquelles il a été dûment jugé et condamné, avant d’être pardonné par le président, dans un acte sans précédent de corruption.


7. Trump a un plan pour l’assurance maladie

C’est faux. Il n’y a pas de plan. Trump répète sans cesse qu’un plan est dans le «pipe-line» et qu’il sera dévoilé «d’ici deux semaines». C’est même ce qu’il disait juste avant de prendre le pouvoir. Son fameux plan n’a jamais été dévoilé parce qu’il n’y a pas de plan. Donald Trump n’a pas le début du commencement d’une idée sur le fonctionnement du système de santé et chaque déclaration qu’il fait à ce sujet ne fait qu’exposer la profondeur abyssale de son ignorance du sujet et son indifférence la plus totale pour les millions de ses concitoyens qui perdront leur assurance maladie si les républicains parviennent à démanteler complètement la loi sur la santé de 2010.


8. Trump a donné aux vétérans l’option de choisir leurs fournisseurs de services de santé

C’est faux. La loi qui permet aux vétérans d’accéder à des services assurés en dehors du réseau des hôpitaux de la Veterans Administration, le Veterans Access, Choice, and Accountability Act of 2014, était déjà en place lors de son arrivée au pouvoir. Trump a apporté des améliorations marginales à cette loi, mais il omet systématiquement de mentionner que celui qui a donné aux anciens combattants l’option d’obtenir leurs soins en dehors du système de la VA, c’est Barack Obama.


9. Les tarifs sur les importations sont payés par les étrangers au Trésor américain

C’est complètement faux. Les tarifs douaniers sont une taxe payée par l’importateur d’un produit lors de son passage à la frontière. Le coût de cette taxe est ensuite refilé aux consommateurs. Il est vrai que les exportateurs étrangers y perdent quelque chose, parce que le volume de leurs ventes peut être réduit ou parce qu’ils peuvent choisir de réduire leur prix de vente pour éviter de perdre leur part du marché américain, mais les exportateurs étrangers ne versent pas un sou au Trésor américain, quoi qu’en dise Donald Trump, qui répète constamment ce mensonge éhonté. Les tarifs douaniers imposés par Donald Trump ont coûté des milliards aux Américains.


10. Donald Trump ne peut pas dévoiler ses rapports d’impôt parce qu’ils sont sous audit

C’est archifaux. Il n’y a aucune loi ou disposition réglementaire (voir ici, entre autres) qui empêche le président de faire comme tous ses prédécesseurs ont fait depuis Richard Nixon et de rendre publiques ses déclarations d’impôt afin qu’on puisse prendre la mesure de ses conflits d’intérêts réels ou potentiels, savoir à qui il doit des centaines de millions de dollars, comprendre quels sont ses liens d’affaires en Chine et en Russie, connaître l’étendue réelle de sa fortune et savoir comment ce prétendu milliardaire a presque complètement esquivé le paiement d’impôts sur le revenu depuis des décennies. Il prétend depuis 2015 qu’il dévoilera ses déclarations d’impôt à un point non spécifié dans l’avenir. Il ne le fera jamais.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM