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Orgie de fonds publics dans une cimenterie

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C’est fou l’argent que le gouvernement québécois et « sa » Caisse de dépôt et placement peuvent gaspiller, oh pardon, injecter dans un projet privé lorsque cela fait l’affaire des politiciens.

L’un des plus « beaux » exemples ? La nouvelle cimenterie de Port-Daniel-Gascons en Gaspésie, Ciment McInnis, laquelle est présentement sous le contrôle de la Caisse. 

Depuis le lancement de sa construction en 2014, Québec et la Caisse ont « investi » près d’un milliard de dollars dans l’aventure de Ciment McInnis, un projet lancé par le groupe Beaudier, de la famille Beaudoin-Bombardier.

C’est par l’entremise du Fonds du développement économique (FDE), lequel est géré par Investissement Québec, que le gouvernement du Québec a injecté jusqu’à présent autour de 500 millions $ lorsqu’on tient compte du réinvestissement en équité des revenus d’intérêt capitalisés sur un prêt.

Sa participation financière se répartit comme suit : 

  • 100 millions $ en capital en 2014 
  • 250 millions $ en prêt en 2014 
  • 122 millions $ en intérêts sur ledit prêt convertis en équité en 2019 
  • 33 millions $ en revenus d’intérêt accumulés depuis 2019  
  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

Quant à la participation financière de la Caisse dans Ciment McInnis, elle devrait elle aussi approcher les 500 millions $, avec les intérêts capitalisés sur un prêt effectué en 2019.

Mais comme d’habitude, la Caisse, elle, ne dévoile jamais de montants précis en ce qui concerne ses placements dans les entreprises privées. Dans le cas de son investissement dans Ciment McInnis, elle se contente de rapporter dans son rapport annuel de 2019 qu’il vaut entre 300 et 500 millions de dollars.

Eh oui ! rien de moins qu’une marge d’évaluation floue de 200 millions $. Non, mais... quel manque de transparence de la part de la Caisse ! 

Marois, Couillard, Legault

Les premiers investissements du gouvernement et de la Caisse dans Ciment McInnis remontent à janvier 2014 sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois. À la suite de l’augmentation considérable (au moins 450 millions $) des coûts de construction de la cimenterie gaspésienne, la Caisse a été « obligée » de réinvestir davantage dans la cimenterie, et ce, avec l’appui du gouvernement libéral de Philippe Couillard.

François Legault a lui aussi été obligé, malgré lui, de réinvestir dans la cimenterie en juillet 2019 alors que les intérêts capitalisés sur le prêt gouvernemental du FDE ont été convertis en équité dans Ciment McInnis.

Dévaluation

Le Journal rapportait récemment que des pourparlers concernant la vente de la cimenterie étaient en cours avec la société brésilienne Votorantim Cimentos.

On parle ici d’une possible vente au rabais. Pour le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, les investissements du gouvernement du Québec dans la cimenterie ne valent plus rien ou presque. C’est pourquoi le ministre évalue les provisions pour pertes du FDE dans Ciment McInnis à 383 millions $. Notez que ce montant de 383 millions fait fi du réinvestissement en 2019 des intérêts accumulés sur le prêt en... équité.

Si le gouvernement Legault dévalue de la sorte la participation financière gouvernementale dans la cimenterie gaspésienne, il faut évidemment s’attendre à ce que la Caisse dévalue, elle aussi, de plusieurs centaines de millions son investissement.