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Profs et heures supplémentaires: ignorance ou mensonge?

Profs et heures supplémentaires: ignorance ou mensonge?
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Mercredi, Le Journal nous apprenait que les enseignants de Montréal réclament une prime associée à la COVID-19.

J’ai lu cet article et je dois dire qu’il m’a rendu de mauvaise humeur. Pour plusieurs raisons. Je ferai donc quelques précisions quant à certains éléments: 

1) «Le centre de services est souvent d’accord avec nous sur ce qui ne fonctionne pas. Sauf que le chialage passe toujours par le syndicat...»

Compte tenu de la loi 40, les commissaires sont maintenant disparus. Le nouveau conseil d’administration ne peut pas se prononcer sur la place publique. Le directeur général (DG) du Centre de services scolaire (CSS) est le seul porte-parole de son organisation. Et qui est le boss des DG des CSS? Le ministre de l’Éducation. Devoir de loyauté oblige, personne ne fera de sortie publique quant à la situation actuelle.

2) «Pour ce qui est du CSSDM, le syndicat l’invite à dénoncer publiquement l’incohérence de certaines mesures, comme la difficulté de respecter des bulles-classes et la distanciation.»

Pour la raison mentionnée au point 1, cela n’arrivera pas. Ni à Montréal ni ailleurs. Je défie n’importe quel citoyen de suivre le discours de la Santé publique, puis de venir passer une seule journée dans une école. Juste pour le plaisir de comparer la théorie à la pratique. 

Dès l’annonce du plan de la rentrée (et même suite à son actualisation), il était facile de prédire que des mesures strictes seraient impossibles à respecter lors de l’ouverture des établissements scolaires. Vous pouvez bien mettre quelques mesures sanitaires en place, mais il s’agit surtout d’une approche cosmétique afin de favoriser une impression de sécurité chez les utilisateurs. En ce qui me concerne, j’ai fait le deuil de ma sécurité après une semaine de travail. 

3) «Les suppléants aimeraient être informés lorsqu’ils s’apprêtent à remplacer dans une classe où un cas positif à la COVID-19 a été soupçonné [...]. Ce serait plus respectueux, témoigne Gabrielle (nom fictif), qui "zigzague" d’une école à l’autre depuis la rentrée. Elle a préféré taire son nom pour éviter les représailles de son employeur. »

Les suppléants, malgré leur rareté, sont traités comme des moins-que-rien. Pas surprenant que le ministre cherche 800 retraités pour faire le travail, qu’un CSS de l’Outaouais demande des parents en renfort et que le CSS de Portneuf exige un diplôme d’études secondaires pour faire de la suppléance au primaire et au secondaire. À ce propos, j’en aurai plus à dire la semaine prochaine...

4) «Certains professeurs se font aussi refuser le télétravail pour des tâches qui pourraient très bien être faites à la maison, comme la correction. On doit encore intervenir pour ramener à l’ordre certaines directions...»

Récemment, le gouvernement réitérait une demande claire: «Réduisez davantage vos contacts sociaux». Bref, cette situation paradoxale, dans de trop nombreuses écoles, illustre bien tout le respect de certains employeurs pour leur main-d’œuvre. Impossible de ne pas faire le lien entre cette absurdité et le manque d’attrait pour la profession

5) Enfin, la fameuse demande pour une prime COVID.

Certes, il y a la pandémie, mais il y a aussi la pénurie de main-d’œuvre qui agit comme un amplificateur de nos problèmes. Malgré tout, le personnel tient «l’école à bout de bras». Ce dévouement doit être salué. Est-ce qu’il devrait être rémunéré à sa juste valeur? Bonne question. Mais cette réponse incendiaire a engendré la colère sur le terrain: 

«Le cabinet du ministre Roberge indique que les enseignants sont déjà rémunérés pour leur temps supplémentaire.»

Pardon?

La notion d'heures supplémentaires n’existe pas en enseignement. Les enseignants n’ont jamais été payés en fonction du nombre d’heures de travail dans une semaine.

Ignorance crasse ou mensonge? 

Peu importe. Le mal est fait. Encore une fois, on véhicule une fausse image de ce qu’est réellement la profession.

À titre de blogueur, j’ai posé quelques questions au cabinet du ministre. Au moment d’écrire ces lignes, j’attends toujours les réponses.

Hier, le Syndicat de l’enseignement des Basses-Laurentides (SEBL), qui représente environ 5000 enseignants, a envoyé une lettre au ministre de l’Éducation afin qu’il se rétracte publiquement. 

Selon George Bernard Shaw, le silence est l’expression la plus parfaite du mépris. 

Nous sommes nombreux à attendre la réaction du ministre Roberge.