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La souveraineté toujours vivante, mais boudée par les jeunes

Les jeunes se détournent du sujet, mais 47% des répondants croient que ce débat va revenir dans l’actualité

Jacques Parizeau Jacques Parizeau
Photo d’archives Le premier ministre Jacques Parizeau lors du soir fatidique du 30 octobre 1995. Ci-dessous, le graphique montre l’évolution de l’appui au Oui au fil du temps. Les pics sont associés à des turbulences politiques (rejet de Meech, scandale des commandites). Depuis une dizaine d’années, le Oui reste stable aux alentours de 36 %.

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L’option indépendantiste est toujours vivante 25 ans après le référendum de 1995, mais elle intéresse moins les jeunes et est maintenant portée par les plus vieux, révèle un sondage Léger.

«Les moins de 55 ans sont beaucoup moins souverainistes que les plus de 55 ans. C’est un constat qui frappe, c’était l’inverse en 1995», souligne le sondeur Jean-Marc Léger.

Malgré tout, la part de Québécois qui voterait Oui à un référendum demeure stable. À 36 %, «ça reste dans le taux historique, c’est constant», note M. Léger. 

Et ce, même s’il n’y a que 20 députés d’allégeance indépendantiste parmi les 125 élus de l’Assemblée nationale.

Le politologue Jean-Herman Guay abonde dans ce sens. 

«La question du souverainisme est au centre de l’identité d’une génération de Québécois. Même s’ils ne croient plus à la probabilité que ça se réalise, ça fait partie de leur culture politique», indique-t-il.

«C’est pour ça qu’à cette question, il y a encore 36 % des gens, plus du tiers, qui répondent oui. Ça reste un élément identitaire phare pour eux. Le Canada ne les a pas convaincus», ajoute le professeur à l’Université de Sherbrooke.

Le débat pourrait revenir

Le débat souverainiste reviendra-t-il sur le plancher? À 47 %, une pluralité des répondants croit que oui, mais ça ne risque pas d’être pour bientôt.

«Quand j’entends des souverainistes dire : “il faut en parler plus pour que les gens appuient le Oui”, je me dis : “quelle imbécillité !” Il faut renouveler le discours», tonne M. Léger.

Premièrement, «les Québécois ont vécu une grosse peine d’amour. Ça a fait tellement mal que tu ne veux pas y retourner», dit le sondeur d’expérience. 

Et les jeunes n’ont pas l’impression que la souveraineté est compatible avec les défis qui les intéressent, comme l’entrepreneuriat, la justice sociale et l’environnement, ajoute-t-il.

Pour M. Guay, la souveraineté a toujours été utilisée comme «police d’assurance».  

«Ça reste dans les cartons même si c’est mis de côté. Est-ce que dans un autre contexte, dans une autre situation, il pourrait y avoir une remontée du souverainisme? Oui, ça pourrait renaître», dit-il. 

Lorsque les Québécois se sentent floués ou humiliés, l’appui à la souveraineté monte. Il y a eu un pic d’appuis au Oui lors du scandale des commandites, par exemple.

Mais pour le moment, «quand on parle de souveraineté ça a l’air d’un vieux disque qui saute», ajoute M. Guay.

Vers la CAQ

Autre élément frappant : la souveraineté est «maintenant orpheline» d’un parti politique, dit M. Léger. Le Parti québécois (PQ) n’est plus le vaisseau amiral. La Coalition avenir Québec (CAQ) est le parti qui rallie le plus grand nombre de souverainistes. Québec solidaire attire lui aussi des indépendantistes. 

«Ils se retrouvent dans tous les partis politiques», sauf les libéraux, note M. Léger.

M. Guay ne s’en étonne pas. 

«Le propre trajet de M. Legault, c’est le cheminement de beaucoup de Québécois. Ce nationalisme plus défensif, il l’incarne fort bien. Il y a une partie des caquistes à qui on demande: voteriez-vous pour la souveraineté? Ils répondent oui, mais ce n’est pas le moment pour eux», souligne-t-il. 

Sécurité financière

À son avis, la donnée qui fait le plus mal aux souverainistes est le manque de confiance de la capacité du Québec à pouvoir faire son indépendance. 

«C’est la nouvelle la plus triste. Pendant très longtemps, les sondages nous montraient qu’une majorité de Québécois pensait que le Québec a le droit de faire son indépendance, et la capacité de le faire», dit-il. 

Maintenant, on y croit moins.

M. Léger estime tout de même que le nouveau chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, peut voir une bonne nouvelle dans ce sondage. Le parti est à moins de 20 % dans les intentions de vote, mais 36 % des Québécois se disent souverainistes. 

«Il y a un potentiel à la hausse important», dit-il.

Jacques Parizeau Jacques Parizeau
Source : Léger

Un sondage révélateur  

Si un référendum sur la souveraineté du Québec avait lieu aujourd’hui, voteriez-vous POUR ou CONTRE la souveraineté du Québec ? Si un répondant n’arrivait pas à se prononcer, la question suivante était posée : Même si votre choix n’est pas encore fait, auriez-vous plus tendance à voter POUR ou CONTRE la souveraineté du Québec ?              

  • Contre: 54 %   
  • Pour : 36 %   
  • NSP / REFUS: 10 %   

Âge Intention de vote

18-34 35-54 55+ CAQ PLQ PQ QS
Pour 31 % 34 % 40 %
41 % 8 % 84 % 51 %
Contre 54 % 58 %  51 % 55 % 90 % 12 % 42 %
Je ne sais
pas (NSP)
12 % 6 %
4 % 4 % 2 % 2 % 6 %
Je préfère
ne pas répondre
4 % 1 % 5 % 1 % 0 % 2 % 1 %

Selon vous, est-ce que le Québec a le droit de devenir un pays souverain ?  

  • Oui : 62 %   
  • Non : 26 %   
  • NSP / REFUS : 12 %   

Selon vous, est-ce que le Québec a les capacités économiques d’être un pays souverain ?  

  • Non : 51 %   
  • Oui : 36 %   
  • NSP / REFUS : 13 %   

Est-ce que vous croyez que le Québec sera un jour un pays souverain ?  

  • Non: 59 %   
  • Oui: 19 %   
  • NSP / REFUS: 22 %   

Selon vous, est-ce que la souveraineté du Québec est une idée dépassée ou cela va revenir un jour ?  

  • Reviendra: 47 %   
  • Dépassée: 43 %   
  • NSP / REFUS: 11 %   

Méthodologie   

  • Un sondage web a été réalisé du 2 au 4 octobre 2020 auprès de 1013 Québécois(es) âgé(e)s de 18 ans ou plus et pouvant s’exprimer en français ou en anglais.              
  • À l’aide des données de Statistique Canada, les résultats ont été pondérés selon le sexe, l’âge, la langue maternelle, la région, le niveau d’éducation ainsi que la présence d’enfants dans le ménage afin de rendre l’échantillon représentatif de l’ensemble de la population à l’étude.              
  • À titre comparatif, la marge d’erreur maximale pour un échantillon de 1013 répondants est de plus ou moins 3,1 %, et ce, 19 fois sur 20.