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L’aboutissement d’une mort annoncée

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L’annonce de la fermeture définitive de la chaîne Le Château, longtemps considérée comme l’un des fleurons de l’industrie de la mode québécoise, n’aura guère surpris les spécialistes.

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« C’est en quelque sorte l’aboutissement d’une mort annoncée, a tout de suite réagi le professeur émérite de HEC Montréal Jacques Nantel. C’était un secret pour personne ; tout le monde s’attendait à ce que ça arrive un jour. Voilà, c’est arrivé. »

Fondée en 1959 par Herschell H. Segal, aujourd’hui âgé de 88 ans (à qui l'on doit aussi DavidsTea), Le Château a annoncé hier la fin de ses activités. L’entreprise montréalaise s’est placée sous la protection des tribunaux, avec l’intention de mettre la clef sous la porte dès qu’elle aura écoulé ses stocks.

Une marque d’émancipation

Une décision lourde de conséquences, tant pour ses 1400 employés restants, que pour l’écosystème de la mode québécoise. « Autour du Château gravitent des dizaines d’entreprises de transport, couture ou importation de tissus. Avec nous risquent donc de souffrir des centaines d’autres dont le travail dépend du nôtre », dit son vice-président principal, Franco Rocchi.

Jacques Nantel reconnaît l’importance du Château dans l’histoire récente. « Au milieu des années 1970, ce détaillant avait quelque chose de révolutionnaire. Dès qu’ils commençaient à faire de l’argent, les jeunes s’y rendaient. Cela en faisait presque une marque d’émancipation ! »

Devenue publique en 1983, l’entreprise réussit à naviguer, tant bien que mal, à travers les courants et époques. Mais les temps changent et la direction n’arrive pas toujours à négocier les virages suffisamment rapidement. 

L’arrivée successive de chaînes étrangères (H&M, Zara, etc.) et la montée en force du commerce électronique, en outre, lui donnent du fil à retordre. Ses mauvais résultats, des années durant, affectent sa performance boursière, qui lui vaut en 2017 une décote de la Bourse de Toronto. Après six décennies, ce sera finalement une pandémie, semble-t-il, qui aura eu raison du Château.