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Les compagnies aériennes doivent rembourser les voyageurs

GEN-AVIONS
Photo d'archives, Agence QMI

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Il serait malvenu de voir le gouvernement de Justin Trudeau secourir financièrement les compagnies aériennes avant que celles-ci remboursent à leurs clients la totalité des vols annulés à cause de la COVID-19. Et par totalité des vols, cela inclut les vols qualifiés de « non remboursable ».

À elle seule, Air Canada refuse jusqu’à présent de rembourser 2,4 milliards de dollars à ses clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie.

S’ajoutent notamment à cette somme astronomique plus de 600 millions $ de billets non encore remboursés de la part de Transat, le fleuron québécois du « voyage-vacances » qu’Air Canada tente d’acquérir dans le cadre de l’entente de 190 millions $ conclue avec le conseil d’administration de Transat.

Ainsi, juste pour Air Canada et sa future « filiale » Transat, on parle d’une somme totale de 3 milliards de dollars d’argent comptant qu’elles conservent dans leurs coffres. Comme compensation pour ces 3 milliards $, Air Canada et Transat offrent aux clients des crédits pour voyages futurs.

Cela en fait une belle jambe à l’ensemble des clients qui ne voient plus le jour où ils pourront effectuer un voyage et ainsi récupérer la valeur des billets non honorés à cause des restrictions sanitaires imposées à la grandeur de la planète.

De toutes les compagnies aériennes canadiennes, seule WestJet s’est engagée à rembourser à ses clients la totalité des vols annulés. Elle en a pris l’engagement formel cette semaine et il va sans dire que cela a pour effet d’exercer une énorme pression sur ses concurrents aériens.

Comme il fallait s’y attendre, Air Canada n’a guère apprécié de voir WestJet s’engager ainsi à rembourser les vols annulés à ses clients.

Revenons à l’aide financière que s’apprête à octroyer le gouvernement Trudeau aux compagnies aériennes. Personne ou presque ne s’oppose à ce que le gouvernement fédéral vienne à leur rescousse.

Mais l’aide fédérale, peu importe sa forme, ne sera justifiable aux yeux des consommateurs et des partis d’opposition qu’à la condition que les victimes des vols annulés soient prioritairement dédommagées.

Ce n’est pas aux clients des compagnies aériennes canadiennes de financer la déconfiture de l’industrie du transport aérien. C’est d’autant vrai qu’ailleurs dans le monde, soit aux États-Unis et en Europe, les compagnies aériennes ont remboursé, elles, les vols annulés à cause de la COVID-19.

Pourquoi, ici au Canada, le gouvernement fédéral subventionnerait-il les compagnies aériennes locales qui refusent de rembourser leurs clients ? Ce serait moralement inacceptable d’utiliser les fonds publics pour secourir des entreprises qui abusent financièrement de leur clientèle.

LA DESCENTE... AUX ENFERS

Pour les sociétés aériennes, de partout à travers le monde, les conséquences financières de la pandémie de la COVID-19 sont littéralement catastrophiques. Cela risque de perdurer jusqu’au début de 2023, minimum, et si tout va bien avec la découverte d’un vaccin anti-COVID19 !

Depuis l’annulation d’une grande partie des vols à cause de la pandémie, les revenus des compagnies aériennes ont littéralement fondu.

Air Canada, notre plus gros transporteur au pays, devrait voir ses revenus chuter des deux tiers environ par rapport à l’année 2019, ceux-ci passant de 19,1 milliards $ à seulement 6 milliards $ en cette année de pandémie, selon les analystes du secteur aéronautique à la Financière Banque Nationale. 

Ce qui explique selon eux pourquoi Air Canada devrait boucler l’année en cours avec une perte d’environ 4,6 milliards $, comparativement à un bénéfice net de 1,48 milliard $ en 2019.

L’an prochain ? Ils estiment que les revenus d’Air Canada devraient grimper d’environ 10 % et la perte s’élever autour de 2,4 milliards $.

S’il en est ainsi pour Air Canada, il va de soi que les autres transporteurs aériens n’auront guère une meilleure mine financière.

Et sans l’aide financière du gouvernement fédéral, certaines risquent la faillite.

QUEL TYPE D’AIDE FÉDÉRALE...

Pour une société inscrite en Bourse comme Air Canada, il est évident qu’un investissement en capital-actions de la part du fédéral représente une solution intéressante pour les deux parties.

Pour Air Canada, cela représente un apport de capital qui ne lui coûte rien, si on compare cela à des emprunts. Pour le gouvernement fédéral, une telle solution a l’avantage de lui procurer un levier intéressant lorsqu’il y aura retour à la normale dans l’industrie aérienne. Il pourra ainsi bénéficier éventuellement d’une remontée du cours de l’action.

À l’heure actuelle, le titre d’Air Canada se négocie autour des 17 $, en recul de 67 % par rapport à son sommet d’avant le déclenchement de la pandémie.

Trafic total de passagers 

AÉROPORT DERNIER MOIS
RAPPORTÉ
2020/2019
VARIATION %
À CE JOUR
EN 2020 %
Montréal Juillet -91,5 -62,5
Toronto Juin -94,2 -58,5
Vancouver Août -84,6 -66,4
Calgary Août -79,3 -63,8
Edmonton Août -81,0 -64,4
Winnipeg Juin -92,2 -56,4
Ottawa Août -87,7 -65,4

Sièges disponibles selon les destinations 

OCTOBRE 2020 VS OCTOBRE 2019

COMPAGNIE AU CANADA AUX ÉTATS-UNIS À L’INTERNATIONAL

EN % EN % EN %
Air Canada -67,0 -91,9 -67,3
Transat -39,3 -100 -90,4
WestJet -63,3 -97,9 -89,2
Porter -100 -100 --
Swoop -70,0 -99,2 --