/news/politics
Navigation

Découvrez les coulisses de la stratégie référendaire de 1995

Les documents rendus publics dévoilent 25 ans plus tard les secrets du Conseil des ministres

Referendum 1995
Photo d'archives Les ténors du Non, Claude Ryan, Daniel Johnson et Robert Bourassa, le 26 octobre 1995.

Coup d'oeil sur cet article

Après 25 ans, les résumés des délibérations des Conseils des ministres du gouvernement Parizeau précédant le référendum sur la souveraineté sont publiés, ce qui donne un aperçu des stratégies péquistes dans les mois qui ont précédé ce moment fatidique dans l’histoire du Québec. Le Journal a recensé des échanges tenus derrière des portes closes.

• À lire aussi: - Référendum de 1995: 25 ans plus tard, où en est le Québec?

Le choix des mots 

Les mots pèsent lourd dans le débat référendaire, et rien n’est laissé au hasard par le gouvernement péquiste. Le premier ministre Jacques Parizeau explique que les sondages « indiquent qu’il est nécessaire d’utiliser le terme partenariat », et que « le terme union est préférable à celui d’association ». Il avertit ses ministres : ils devront adapter leur vocabulaire en conséquence de ces coups de sonde. 

Les femmes ont peur 

Le gouvernement Parizeau s’inquiète de l’appui faiblard des femmes pour la souveraineté. Certains proposent une « offensive structurée » auprès de la gent féminine, notamment en nommant davantage de femmes dans des postes de direction d’organismes publics.

La ministre Rita Dionne-Marsolais estime qu’un grand nombre de femmes sont « peu politisées et peu structurées dans leurs réflexions politiques » et déplore que les mesures du gouvernement péquiste mises de l’avant après la marche des femmes contre la pauvreté n’apportent « aucun vote additionnel en faveur du Oui ». 

Puisque la plupart des femmes ont peur du changement, comment les convaincre ? se demande-t-on. Jeanne Blackburn croit qu’il faut demander aux enfants et aux petits enfants de discuter avec leurs mères et leurs grand-mères. 

Une grève à la SQ inquiète 

À quelques mois du référendum, le gouvernement péquiste s’attend à une paix syndicale, et les dirigeants des centrales se sont entendus pour ne « pas faire de vagues ». Le premier ministre Parizeau craint toutefois « des événements inattendus » du côté de la Sûreté du Québec. 

Le syndicat des policiers de la SQ demande la semaine de quatre jours, qui coûterait « un montant assez considérable en termes de temps supplémentaire ». Le PM évoque à voix haute le scénario catastrophe : il ne faudrait pas que le gouvernement « soit dans l’obligation de faire appel à l’armée canadienne ».  

Lucien Bouchard lors d’un rassemblement pour le Oui, à Verdun, le 26 octobre 1995.
Photo d'archives
Lucien Bouchard lors d’un rassemblement pour le Oui, à Verdun, le 26 octobre 1995.

Faire plaisir

En juin, alors que la campagne référendaire automnale approche, le vice-premier ministre, Bernard Landry, met en garde ses collègues. D’ici le référendum, le gouvernement doit éviter de poser des gestes qui ont un effet diviseur dans la population. C’est plutôt le temps « de faire plaisir ». Jacques Brassard rappelle également que le Conseil des ministres a décidé de ne pas annoncer maintenant les mauvaises nouvelles qui ne prennent effet qu’après le référendum. Il faut dire que le gouvernement a déjà pris plusieurs décisions impopulaires, comme le virage ambulatoire et l’annonce de fermeture d’hôpitaux.

Des jobs en santé en Outaouais

Le gouvernement injecte des dizaines de millions de dollars pour créer plus de lits de courte durée et de longue durée dans la région de l’Outaouais. L’objectif : rapatrier les citoyens de cette région qui vont se faire soigner en Ontario, à plus grands frais qu’au Québec. Mais le référendum n’est jamais bien loin dans l’esprit des ministres. Pauline Marois souligne qu’il s’agit d’une formule intéressante puisqu’elle créerait des emplois de remplacement pour les employés fédéraux, dont le Québec n’aurait plus besoin après la souveraineté.  

Des partisans du Non célèbrent, sur la rue Ste-Catherine.
Photo d'archives
Des partisans du Non célèbrent, sur la rue Ste-Catherine.

L’affaire des homards

Entrée de Jacques Parizeau au Pavillon de la jeunesse le 22 octobre 1995.
Photo d'archives
Entrée de Jacques Parizeau au Pavillon de la jeunesse le 22 octobre 1995.

En plein mois de juillet, le Conseil des ministres se penche sur l’affaire de la cage à homards. Lors d’une rencontre à Ottawa, le premier ministre Parizeau aurait déclaré à des ambassadeurs que les Québécois, après une victoire du Oui, seraient piégés comme le célèbre crustacé, ou même jetés dans l’eau bouillante. Les souverainistes nient cette comparaison. Le chef de cabinet du premier ministre, Jean Royer, indique lors de la rencontre « avoir discuté de cette affaire avec M.Parizeau qui s’appuiera sur la dénégation des diplomates pour mettre fin à cette affaire ». De son côté, le vice-premier ministre, Bernard Landry, a craint que cette histoire tourne « comme l’affaire des Yvette au référendum de 1980 ». Il estime toutefois à l’époque avoir réussi à maîtriser la situation, et la voit même comme une victoire diplomatique. M. Landry invite toutefois ses collègues à faire « attention afin de préserver notre image ». Malgré leurs espoirs d’avoir tué l’affaire, l’analogie de la cage à homards est restée dans les annales politiques.