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Les résignés et le rebond

PARIZEAU, BOUCHARD AND DUMONT
Photo d'archives Mario Dumont, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Les lendemains du référendum de 1995 ont marqué une coupure dans la démarche d’affirmation du Québec.

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Le référendum de 1995 a donné un sacré coup au Québec. Il a mis sous le boisseau des années d’affirmation, et ce, pour plus de deux décennies.

J’insiste pour dire qu’il faut inclure le discours amer du premier ministre Parizeau comme faisant partie du résultat. Ce discours a changé les lendemains référendaires. À un demi-pour cent de voir le Canada se déchirer, c’est le gouvernement fédéral qui aurait dû se retrouver sur la défensive et en mode urgence le lendemain matin. Le discours tragique a fait basculer la réalité. Le Québec s’est retrouvé en situation de malaise, affaibli.

C’est ainsi que s’achevait une période de près de 35 ans durant laquelle le Québec réclamait plus d’autonomie. À partir du « Maître chez nous » de Jean Lesage jusqu’au référendum de 1995, le Québec voulait prendre plus de contrôle sur son destin. 

Le livre Égalité ou indépendance de Daniel Johnson père résume bien l’esprit de ces trois décennies. Les fédéralistes ont réclamé plus de pouvoirs en restant dans le Canada alors que les souverainistes ont souhaité un rapatriement complet des pouvoirs. 

Grosse différence : rester dans le Canada ou en sortir. Grosse ressemblance : les uns et les autres rejettent le statu quo et croient dans une autonomie accrue pour le Québec.

Affaiblis

C’est là que survient la brisure de 1995. Les gouvernements péquistes de Lucien Bouchard et de Bernard Landry gèrent le Québec de leur mieux, mais face à Ottawa, ils sont désarmés. Sans rapport de force.

Puis arrive la longue ère libérale. Jean Charest et Philippe Couillard se définissent d’abord comme Canadiens. Il fallait remonter loin avant eux pour voir le Québec vivre avec une absence de revendications face au gouvernement fédéral. Malgré le fait que Jean Charest ait développé certains réflexes nationalistes.

Au mieux, on demande de l’argent et on supplie Ottawa de ne pas nous piler sur les pieds.

Je ne dis pas que le Québec dans son ensemble a cessé de progresser. Nos universités ont poussé nos meilleurs cerveaux dans la recherche. Nos agriculteurs ont développé des produits fins du terroir. Nos gouvernements se sont occupés de nos finances publiques. Georges St-Pierre et Céline nous ont fait honneur.

Ce n’est pas toute la société qui est paralysée, ni dépourvue de fierté, ni dépourvue d’ambition durant une telle période. Mais appelons les choses par leur nom : il s’agit d’une longue période d’à-plat-ventrisme. Le Québec doit se résigner à prendre son trou dans le Canada.

Legault

François Legault n’est pas arrivé avec un programme de revendication plus ambitieux. Mais son approche en matière d’identité et de langue a changé l’esprit. Il a réveillé quelque chose et permis aux Québécois de relever la tête.

Certains de mes collègues ont utilisé l’expression « nationalisme décomplexé ». Pour moi, cela revient à sortir de la torpeur de l’après-référendum de 1995. 

Si vous cherchez à comprendre l’explication simple des sondages forts pour la CAQ chez les francophones. N’allez pas chercher plus loin.