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«Être» : Alain Crevier préserve l’âme de «Second regard»

Alain Crevier
PHOTO COURTOISIE, ICI Radio-Canada Alain Crevier

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En mai 2019, Radio-Canada annonçait à Alain Crevier la fin de Second regard, émission à valeur spirituelle qui était en ondes depuis 44 ans et que lui animait depuis près de 25 ans, en plaidant que «l’avenir est au numérique». Le journaliste allait désormais devoir œuvrer sur d’autres plateformes.

Nullement amer, et même content de retourner interviewer des gens «sur le terrain», le communicateur de 64 ans a retroussé ses manches et, avec son équipe, a concocté une nouvelle série balado, intitulée Être, dont l’esprit général s’apparente à celui de Second regard.

Alain Crevier
PHOTO COURTOISIE, ICI Radio-Canada

Une dizaine d’épisodes sont disponibles sur l’application OHdio. On s’y questionne en toute bienveillance sur la vieillesse, la crise pandémique, la sérénité, la colère, la résilience, le bonheur, etc. La production d’Être ayant évidemment été ralentie par la pandémie, de nouvelles capsules seront néanmoins déposées autour de la mi-novembre.


Monsieur Crevier, diriez-vous que votre balado, Être, est en quelque sorte une continuité de Second regard, sous une autre forme?

«C’est peut-être la même âme. J’ai essayé de garder un peu les préoccupations que j’avais à Second regard. C’est le même journaliste, qui a fait 24 ans de Second regard, qui fait maintenant des balados. Par exemple, j’ai discuté avec Monique Lépine et Nathalie Provost, deux survivantes, chacune à sa façon, de la tragédie de Polytechnique, pour comprendre, 30 ans après, comment on reconstruit sa vie et ce qu’il reste de soi. On ne sort pas indemne de cet épisode. Aussi, j’ai échangé avec Catherine Bergeron, qui a perdu sa sœur dans Polytechnique, et son fils (Clément Ouimet) dans un accident de vélo, dans la côte Camillien-Houde. Je lui ai demandé de venir me rejoindre au Mont-Royal pour l’enregistrement ; je ne l’avais jamais rencontrée de ma vie, et il y avait une telle sincérité dans ses propos... C’est bouleversant. Mais je ne fais pas que des drames bouleversants non plus (rires).»


Est-ce que vous appréciez le format qu’est le balado?

«Des balados, il y en a de toutes sortes. On peut avoir trois gars dans un garage qui ouvrent le micro, prennent une bière, parlent de sport et repartent quand ils n’ont plus rien à dire sur le Canadien. Nous, c’est l’antithèse de ça. On prend le temps. On essaie d’aller sur le terrain à chaque fois pour rencontrer les gens, et non seulement leur parler au téléphone. J’ai rapidement compris que la fin de "Second regard" signifiait l’agrandissement de mon terrain de jeu.»


Justement, avez-vous été heurté quand Radio-Canada a décidé de mettre fin à Second regard?

«C’est sûr. Tous ceux qui faisaient l’émission y étaient très attachés. En même temps, moi qui ai animé cette émission pendant 24 ans, je ne peux pas dire que je n’ai pas eu ma chance! J’ai eu énormément de plaisir à faire ça; si je n’avais pas aimé ça, j’aurais "sacré mon camp" bien avant. Plus on reste longtemps, plus on se dit qu’à un moment donné, ça va se finir. Cette émission a été en ondes pendant 44 ans. Alors, c’est correct. C’est la décision de la direction, et je suis un bon joueur, un bon soldat. Je n’ai jamais senti que mon travail n’intéressait plus Radio-Canada. Je fais, actuellement, quelque chose que je trouve tout aussi passionnant que ce que je faisais à Second regard. Et peut-être même un peu plus, parce que j’ai une marge de manœuvre incroyable. Quand tu peux prendre trois semaines ou un mois pour fouiller un sujet de balado, c’est formidable. Et je peux en même temps travailler sur des projets télé, qui sont toujours dans les mêmes eaux de réflexion existentielle.» (NDLR : Alain Crevier a proposé le reportage L’église, la mauvaise foi, à l’émission Enquête, en février dernier, et prépare aussi un documentaire sur l’après-COVID pour la télévision).


Êtes-vous heureux de constater qu’il y a encore de l’espace pour discuter de questions existentielles et philosophiques sur les plateformes québécoises?

«Oui. Quand Second regard a pris fin, pendant des mois, j’en ai entendu parler tous les jours. J’ai reçu des lettres, les gens m’en parlaient lorsque j’étais arrêté aux lumières, en auto. Ça compliquait un peu le deuil que j’avais à faire. J’ai alors dit à mes patrons qu’on avait peut-être mal évalué l’importance que ce type de contenu pouvait avoir pour beaucoup de gens. Plusieurs se demandent pourquoi leur mère a l’Alzheimer – comme ça m’est arrivé –, pourquoi il y a tant de souffrance, comment on peut donner un sens à notre vie depuis qu’on s’est débarrassés de l’église... Ces questions sont existentielles, mais elles sont millénaires, on se les est toujours posées. Et ça rejoint le même genre de clientèle que Second regard, c’est-à-dire des gens qui cherchent autre chose que des statistiques de la Santé publique. On en a peut-être plus besoin que jamais.»


Vous avez eu des ennuis de santé au début de l’été. Comment vous portez-vous aujourd’hui?

«J’ai eu des problèmes de cœur. Je le voyais venir depuis un bout de temps. Mon cœur perdait le "beat"; c’est une espèce d’arythmie qui m’empêchait de dormir. Mon cœur s’emballait la nuit à 150 battements par minute. J’ai été opéré à la fin mai, et été en convalescence pendant trois semaines, ce qui a ralenti un peu mes affaires. Ça bousille un peu les projets (rires).»