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Le ministre qui défie son ministère

GEN-CONFÉRENCE-SANTÉ
Photo d'archives, Agence QMI Le ministre Jean-François Roberge fait preuve d’une audace qui surprend.

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Un nouveau programme pour les maternelles 4 et 5 ans doit être mis en vigueur, selon ce que nous rapporte le quotidien Le Devoir.

Ce nouveau programme fera place à la prévention, dès le préscolaire, en initiant, entre autres, un enseignement explicite du nom et du son des lettres de l’alphabet, permettant ainsi d’identifier rapidement les élèves à risque d’avoir des difficultés.

Ces orientations sont en concordance avec les intentions du premier ministre de favoriser l’intervention précoce. Toutefois, elles soulèvent de la résistance au sein même du ministère de l’Éducation.

Si le ministre Roberge maintient le cap sans se laisser freiner par ses fonctionnaires et l’Association de l’éducation préscolaire du Québec (AÉPQ), il méritera toute notre admiration !

Mission possible

Des demandes d’ajustement au Programme de formation de l’école québécoise sont exigées depuis une décennie par plusieurs universitaires et syndicats après avoir constaté la croissance du nombre d’élèves en difficulté découlant de la réforme pédagogique de 2000.

Cette réforme fondée sur le socioconstructivisme exigeait que l’enseignement soit contextualisé et centré sur le développement des compétences, négligeant en quelque sorte l’enseignement des connaissances.

Les chantres de la réforme croyaient que les connaissances émergeraient naturellement du développement des compétences. La réalité s’est révélée tout autre avec le nombre croissant d’élèves éprouvant des difficultés en lecture et par conséquent dans d’autres matières. 

C’est particulièrement vrai pour les garçons dont on voit l’écart avec les filles se creuser dès les premières années du primaire.

À la lumière de ces constats, des voix se sont élevées pour exiger une approche plus équilibrée entre l’enseignement explicite et l’enseignement des connaissances en contexte. 

Quasi considérées comme crime d’hérésie, ces voix ont été vite rabrouées dans les officines ministérielles et aucun ministre de l’Éducation, dans la dernière décennie, n’avait osé passer outre l’avis de ses fonctionnaires.

Jean-François Roberge semble en voie de le faire. Ce sera un grand bien pour plusieurs enfants qui pourront rêver de réussir alors qu’ils étaient condamnés à l’échec avec l’application béate de la réforme !

La maternelle

Le consensus s’avère solide autour de l’idée d’intervenir tôt dans la vie de l’enfant pour favoriser sa réussite scolaire.

Le gouvernement Legault veut déployer des maternelles 4 ans pour tous les enfants. Pauline Marois avait déjà amorcé le travail en 1998, faisant passer de mi-temps à temps plein la maternelle 5 ans.

La maternelle n’est pas le service de garde et elle se situe dans un continuum d’enseignement, quoi qu’en disent l’AÉPQ et certains bonzes universitaires.

Ces classes doivent jouer un rôle dans la construction des connaissances et dans le dépistage des élèves à risque.

Le nouveau programme ne chamboule pas la pratique du personnel enseignant, il ajoute un volet de prévention au développement global de l’enfant, tout en ne rejetant pas l’apprentissage par le jeu.

La prévention est basée sur des recherches sérieuses. En faire fi, c’est rendre inutile le déploiement massif des classes de maternelle !