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Le printemps des traîtres: les dessous des grands enjeux

WE 1024 Boileau
Photo courtoisie Le printemps des traîtres
Christian Giguère
Héliotrope Noir
246 pages
2020

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À vue de nez, le Michaël, inventé par Christian Giguère pour son deuxième roman noir, est à peine vraisemblable.

Étudiant à l’UQAM et très actif pendant le Printemps érable de 2012, auquel il a profondément cru, ce Michaël garde beaucoup d’amertume de la fin abrupte des grèves étudiantes.

Il lâche donc les études pour gagner sa vie, d’autant qu’il a eu une enfant avec Dominique, jeune femme fragile rencontrée durant les manifestations et dont il est tombé amoureux.

Son besoin d’argent est tel qu’il finit par dealer du fentanyl derrière des dépanneurs de Longueuil, en tentant d’échapper à la DPJ qui rôde autour de sa petite Justine. 

Finalement enrôlé par le Gang de l’Ouest, il sera arrêté au cours d’une affaire complexe qui l’enverra pour deux ans en prison. Comment réagira cet intello criminel ? En s’y réfugiant dans la lecture.

Mais une fois libéré, il est mis devant tout un dilemme : collaborer avec la police pour coincer le chef du Gang ou retourner auprès du dit clan qui le réclame ?

Bref, on n’est pas devant le quotidien de l’universitaire moyen ! Mais on est clairement devant un roman qu’on dévore.

On y trouve de l’action, mais aussi des enjeux sociaux (le travail de la DPJ, le sort de jeunes réfugiées destinées à la prostitution). L’auteur oppose crûment l’amoralité du terrain aux belles intentions. Et il pimente le tout de politique, mêlée aux sales trafics qui ont cours.

Dans ce récit qui se déroule en 2019, il n’est pas difficile de voir à qui associer le Parti néolibéral, qui a régné pendant 15 ans « hormis un bref intermède de deux ans après la grève étudiante », la nouvelle Coalition des lucides du Québec (la CLQ) qui gouverne depuis un an, ou le Parti indépendantiste qui vient de voir démissionner sa députée dans Marie-Victorin­­­.

On trouve même un leader étudiant du Printemps érable devenu député et qui joue un rôle-clé dans l’histoire !

La politique ne sort pas grandie de l’exercice. Pour autant, il n’est pas question de charge ; plutôt une démonstration de l’instrumentalisation des élus menée par ceux qui ont des affaires louches à protéger.

Marionnette du destin 

Michaël, lui, tente de garder son équilibre dans ce monde glauque. Même dans le pire, il cultive une forme d’honnêteté, un code d’honneur aussi personnel que puéril face au monde interlope au sein duquel il est plongé. Et on y croit !

N’empêche qu’il est bien davantage une marionnette qu’en contrôle de son destin. Pareil pour Dominique et pour bien d’autres qui les entourent. Mais qui au juste tire les ficelles ? Giguère, à coup sûr !

Le printemps des traîtres porte bien son titre : ses conséquences seront implacables. Osera-t-on dire que c’est au fond à l’image du rêve raté d’une révolution étudiante, quelques printemps auparavant ?