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Ce qui m’insulte: retour sur Tout le monde en parle

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Les quatre militants qui étaient de passage hier soir à Tout le monde pour parler de la querelle du désormais fameux N* word, absolument ubuesque, (on parle quand même du droit de prononcer un titre de livre et non pas du droit d’insulter les Noirs, il serait temps de le rappeler) en ont profité pour faire tout un procès à la société québécoise et pour piétiner sans gêne son histoire.

Alors qu’on me permette de parler sur le mode affectif. 

Si chacun doit confesser ce qui l’insulte et le blesse, voilà ce qui m’insulte, moi.

Quand on cherche à nous expliquer que les Québécois n’ont pas vraiment été colonisés ni dominés, parce qu’ils sont Blancs, ça m’insulte. Vous irez dire ça à ceux qui se sont battus pour simplement survivre et qui étaient traités à la manière d’un résidu historique dans leur propre pays, dépossédés, humiliés. Oui, vous irez leur dire ça. Pendant des décennies, ils ont dû s’exiler par milliers pour simplement survivre, dès qu’ils sortaient du Québec, ils étaient soumis à une politique assimilatrice, et au Québec même, ils étaient condamnés à la misère, à la dépossession linguistique et au mépris, mais ils étaient dominants, voyez-vous, parce qu’ils étaient Blancs.

Quand on vient nier la singularité de notre aventure historique, de la Nouvelle-France à aujourd’hui, pour la soumettre à un fantasme racialiste venu des États-Unis et compartimenter notre société selon le critère de la couleur de peau, ça m’insulte. Cette réécriture grossière relève du colonialisme idéologique et culturel, et correspond à une tentative d’expropriation symbolique, comme si nous étions de trop chez nous. Quand on criminalise l'histoire de la Nouvelle-France, qui sont celles des origines de notre nation, ça m'insulte. On l’a bien compris : tant que nous ne serons pas, au choix, de parfaits petits Canadiens ou de parfaits Américains, nous serons accusés d’être hostiles à la diversité. On l’a compris. Et c’est insultant, en passant.

Quand on veut nous interdire de prononcer le titre d’un livre parce que de nouveaux censeurs se croient en droit d’établir un nouveau délit de blasphème, quand on veut faire croire que les Québécois rêvent d’insulter les Noirs alors qu’ils réclament simplement le droit de mentionner le titre complet d’un ouvrage, je le prends mal. Ça m’insulte, oui. Il y a des limites à nous prendre pour des idiots.

Quand on traite le français comme une langue sur deux et qu’on assimile à l’intolérance la simple aspiration à en faire la langue commune, en ne cédant pas à la lubie du bonjour/hi, ça m’insulte itou. Quand on traite Montréal comme la partie évoluée d'une société qui sinon, serait composée de provinciaux bouseux et fermés d'esprit, ça m'insulte. 

Quand on veut nous enfoncer à tout prix le concept de racisme systémique dans la gorge et qu’on traite de crétins ou de monstres ceux qui le critiquent, ça m’insulte, croyez-le.

Et quand on assimile au racisme le projet de laïcité, quand on assimile au racisme notre quête d’indépendance, quand on assimile au suprémacisme ethnique ou à la suprématie blanche le simple fait de rappeler que nous sommes un peuple fondateur et non pas un élément parmi d’autres du multiculturalisme canadien, je le prends mal aussi. Ça m’insulte.

Ces insulteurs, consciemment ou inconsciemment, participent à la négation de notre existence comme peuple. Ils ont beau le faire avec le sentiment d’appartenir à l’avant-garde progressiste de l’humanité, ils le font quand même. Ils nient notre légitimité. 

Notez bien, je ne veux rien interdire, je ne suis pas censeur, et je ne rêve de mettre aucun livre à l’index. Et je ne crois pas que la liberté d’expression soit seulement bonne pour les gens qui pensent à peu près comme moi. Dans mon univers mental, même quand on est profondément insulté, on ne censure pas, on débat, on répond, on argumente.

Mais cela dit, je me sens insulté, oui, quand on vient piétiner comme ça, sans gêne, notre histoire, qui devrait quand même avoir droit à un minimum de respect en ce pays qui est le seul que nous ayons.

En fait, ça me met en beau joualvert.

Si nos militants d’hier soir, qui sont en fait des professionnels de l’indignation, veulent tenir compte de la vision du monde de ceux qui ne pensent pas comme eux, c’est la mienne. Et je crois ne pas être le seul à voir le Québec ainsi. Loin de là.

Je suis même convaincu que des gens qui sont souvent en désaccord avec moi, et qui ne votent pas comme moi, et qui ne rêvent pas aux mêmes choses que moi, voient les choses ainsi. 

De temps en temps, il faudrait aussi respecter le peuple québécois.