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Le coût humain des mesures sanitaires pour les patients non COVID

Quebec
Photo d'archives Stevens Leblanc

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Une résidente de Matane a appris à ses dépens que les mesures sanitaires mises en place pour limiter la propagation de la COVID-19 ont aussi des effets pervers sur des patients qui doivent séjourner à l'hôpital pour d'autres problèmes de santé.

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Jenny a récemment été hospitalisée pendant trois semaines à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Elle n'avait pas la COVID-19, étant plutôt atteinte d'une autre maladie que les médecins peinent à diagnostiquer, ce qui explique cette visite prolongée à hôpital où elle a subi une batterie de tests, dont une biopsie du poumon.

Arrivée dans cet hôpital de Québec par avion, après un voyage de plus de huit heures incluant une escale à Baie-Comeau, elle est emmenée à l'urgence en attendant qu'une chambre se libère. Couchée sur sa civière, elle entend les infirmières et les préposées discuter entre elles de la lourdeur de la charge de travail liée à la COVID-19.

Jenny s'endort finalement pour être réveillée à 2h du matin pour qu'on la déménage dans une chambre à deux lits. N'ayant pas de téléphone cellulaire, elle ne peut pas appeler sa famille puisqu'il s'agit d'un appel interurbain. Sa famille réussit à la localiser dans l'établissement de santé et à lui parler par téléphone puisque les visites sont interdites dans les hôpitaux de Québec, qui se retrouve en zone rouge.

Pendant ces trois longues semaines passées à 500 km de chez elle, Jenny connaîtra tous les petits irritants liés aux mesures sanitaires qui minent le moral, dont l'interdiction d'aller à la machine distributrice située à un étage inférieur ou l'interdiction d'aller prendre l'air quelques minutes. Même la location d'une tablette-télévision s’est avérée compliquée, étant donné que l’appareil vient sans écouteurs, puisque ceux-ci ne sont pas prêtés en temps de pandémie. Elle a dû en commander une paire à la pharmacie du coin afin de ne pas déranger sa voisine de chambre.

Mais, au-delà de ces irritants, il y a un grand sentiment de solitude et d'impuissance. «Recevoir un diagnostic avec personne de ma famille pour me tenir la main ou se préparer pour une chirurgie sans avoir mon conjoint ou mes enfants qui me réconfortent, c'est extrêmement lourd. J'ai même vu ma voisine de chambre recevoir un diagnostic de cancer sans aucun proche pour l'accompagner pour recevoir cette nouvelle.»

Jenny – qui a tenu à garder l’anonymat pour ne pas risquer de froisser des gens – a ressenti un profond sentiment de détresse pendant ces trois semaines qui lui ont paru des mois. «Avoir des proches qui nous visitent, ça fait toute la différence au monde pour le moral. Je sors d'ici après avoir subi deux biopsies et d'innombrables prises de sang et radiographies, mais je me sens vidée. Si mon séjour à l'hôpital avait pour but de me remettre en bonne santé physique, c'est tout le contraire qui s'est produit sur le plan psychologique. Quelques jours avant de quitter, mon médecin m'a demandé comment j'allais. Je lui ai dit que j'étais déprimée de ne pas voir mes proches. Il m'a offert des antidépresseurs.»

Du côté de l'Institut national de santé publique du Québec, le Dr André Tourigny concède que les mesures en place amènent leur lot d'irritants, mais, dans les circonstances, c'est un moindre mal. «C'est sûr que ce n'est pas idéal d'avoir des contacts virtuels ou par téléphone, mais c'est mieux qu'une absence complète de contacts. Maintenant, dans le contexte de soins aigus, comme dans les cas postopératoires, si les directives sont une absence de contact, c'est que le risque de contracter le virus est élevé et, conséquemment, le risque de décès est accru.»

Aujourd'hui, la résidente de Matane est de retour parmi les siens, à son plus grand bonheur, même si la maladie qui l’affecte n’a toujours pas été diagnostiquée. «Je ne souhaite à personne d'être hospitalisé en temps de pandémie. Oui, il faut qu'on se protège contre le virus, mais il ne faut pas oublier la santé mentale des gens, car c'est notre moral et le soutien de nos proches qui vont nous aider à passer à travers les épreuves.»

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