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Quand l’antiracisme est raciste

Normand Brathwaite
Photo Chantal Poirier

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Je ne sais pas vous, mais je commence à en avoir ras le bol d’entendre certaines personnes traiter les Québécois de racistes. 

Parce que moi, lorsque je regarde le Québec, je vois un peuple gentil, bonasse, qui se met à parler anglais dès qu’il y a un anglophone à table.  

Un peuple qui a multiplié les vigiles à la bougie pour manifester contre la haine antimusulmane au lendemain du massacre de la Grande Mosquée de Québec.

Un peuple qui a crié son indignation au lendemain de l’assassinat de George Floyd... qui s’est déroulé, rappelons-le, dans un autre pays !

Un peuple dont le politicien préféré était un petit homme débraillé qui avait toujours l’air de s’excuser quand il parlait, qui a passé la majeure partie de sa carrière de journaliste à valoriser l’ouverture de ses compatriotes sur le monde et qui avait participé à la libération d’un des plus gros camps de concentration nazis en Allemagne. 

Un peuple qui a accueilli les Haïtiens, les réfugiés chiliens et les boat people vietnamiens à bras ouverts.

Un peuple qui va injecter des millions de dollars dans un collège anglais pour qu’il puisse mieux angliciser ses étudiants allophones.  

Un peuple qui, à l’été 67, était tout excité de recevoir le monde entier dans sa cour. 

Un peuple qui, pendant 10 ans, a choisi un Noir pour animer sa fête nationale. 

  • Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB radio:

LES « BONS » NOIRS

« Oui, mais Normand Brathwaite n’est pas un bon exemple, car il n’est pas représentatif de la communauté noire », diront certains militants antiracistes.

Ah non, pourquoi ?

« Parce qu’il ne pense pas comme nous ! »

Car, en 2020, il ne suffit pas d’être Noir pour parler de la situation des Noirs. Il faut être un « bon » Noir.

C’est la même chose pour les féministes. 

Les « bonnes » féministes sont celles qui adoptent le discours victimaire à la mode dans certains milieux. 

Les autres, qui refusent de se cantonner dans le rôle de victimes du patriarcat, sont perçues comme de « mauvaises » féministes indignes de ce nom.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Voici des « réflexions » que j’ai lues sur la page Facebook de deux internautes noirs ce week-end. 

« Dany Laferrière... Boucar Diouf... Des vendus de la communauté noire... Je n’en peux plus, personnellement, je les appelle de bons nègres de maison. »

« Boucar Diouf, le genre de Noirs que les Québécois blancs adorent... Docile, pas menaçant et surtout bien intégré ! 

En plus, sa femme est gaspésienne. Que demander de mieux ! »

N’est-ce pas une forme de racisme que de dire que les « vrais Noirs » sont ceux qui se marient « entre eux » ?

Il fut un temps où l’antiracisme visait à détruire les murs qui séparaient les communautés les unes des autres.

On cherche maintenant à en ériger. À enfermer les membres des communautés ethnoculturelles dans des ghettos.  

Comme si la race pouvait résumer l’entièreté d’une personne ! Comme si la couleur de notre peau nous définissait !

LE FEU

Savez-vous ce qui m’effraie ?

J’ai peur que ce discours hypermilitant, loin de combattre le racisme, l’alimente.

D’ailleurs, c’est à se demander si ce n’est pas là le but recherché.

Car le racisme est à certains militants antiracistes ce que le feu est aux pompiers. 

Plus de feu, plus besoin de gens pour l’éteindre.