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«On devrait s’informer un peu plus» -Dany Laferrière

L’auteur souhaite relativiser la saga du «mot en n»

Dany Laferrière
Photo courtoisie, Chrystel Dozias L'auteur, Dany Laferrière

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Alors que le débat fait rage à propos du « mot en n », Dany Laferrière livre un plaidoyer pour l’éducation entourant ce terme. « Avant de demander la disparition de l’espace public du mot Nègre, il faut connaître son histoire », indique l’auteur dans une lettre publiée sur le blogue des éditions du Boréal.

Certes, le mot fascine, atteste l’homme de lettres. Et il est bien placé pour en connaître toute la « charge de douleur », ayant connu, entre autres, la dictature et le racisme. 

Le débat sur le « mot en n » a été ravivé récemment alors qu’une professeure de l’Université d’Ottawa a été suspendue temporairement pour l’avoir utilisé dans l’un de ses cours, dans un contexte pédagogique. 

Auteur du roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière estime qu’il faut connaître l’essence, l’origine et tous les sens de ce mot avant de demander son éradication qui occasionnerait un « énorme trou dans la littérature ». 

« On n’a aucune idée du nombre de fois qu’il a été employé. Si quelqu’un veut faire une recherche sur les traces et les significations différentes du mot dans sa bibliothèque personnelle, il sera impressionné par le nombre de sens que ce mot a pris dans l’histoire de la littérature », souligne-t-il dans son texte, d’abord récité dimanche dernier au micro de Dessine--moi un dimanche, sur les ondes d’ICI Première. 

Le jazz

Car ce mot, il est finalement bien plus qu’une insulte dans la bouche de racistes. Oui, il est lourd de sens, mais il a également, entre autres, « ouvert la route au jazz », avise Dany Laferrière, citant en exemple les chants de Billie Holiday et Bessie Smith.

« Je ne m’explique pas pourquoi on donne tant de pouvoir à un individu [raciste] sur nous-même. Il n’a qu’à dire un mot de cinq lettres pour qu’on se retrouve en transe avec les bras et les pieds liés, comme si le mot était plus fort que l’esclavage. Les esclaves n’ont pas fait la révolution pour qu’on se retrouve à la merci du mot Nègre », plaide l’auteur.