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Une bougie pour l’indépendance

Une bougie pour l’indépendance
Photo d'archives Le Journal de Québec

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Chers amis, en ce jour qui marque le 25e anniversaire du second échec référendaire, j’aimerais partager avec vous un petit morceau de ma vie privée auquel j’aime revenir quand l’histoire et l’actualité font rage, pour me remettre l’essentiel en perspective. Voyez-vous, j’ai la chance de compter parmi mes amis les plus chers un Juif marocain arrivé ici il y aura bientôt 50 ans, qui est l’un des plus ardents patriotes québécois que je connaisse, et qui me disait récemment: «Il n’y a rien de pire qu’un Québécois qui a honte de lui-même.»

Bien que sincèrement touchée, je me suis néanmoins sentie sourciller en mon for intérieur. En effet, connaissant la vie de mon ami, je savais qu’il avait jadis souffert de la pauvreté, de la famine et de la maladie. Qu’il fait l’expérience du racisme, du mépris et de la persécution. Qu’il avait, en outre, connu la guerre et ses tragédies avant d’arriver ici, à 25 ans, au lendemain de la crise d’Octobre, dans un Québec chamboulé, complexe et immense dont il est tombé éperdument amoureux, au point de confier son cœur et sa descendance à la nation et de dédier son corps et son âme à la noble cause de son indépendance. 

Au regard de cette vie singulière qu’il a menée, traversée par tous les défis de l’immigration et de l’adaptation à un territoire aussi exigeant que le nôtre, je n’ai pu m’empêcher de lui répondre, l’œil mi-taquin, mi-surpris: «Vraiment? Après tout ce que tu as vécu, c’est vraiment ça, le pire, pour toi?» Moi qui croyais le faire sourire, je me suis vite ravisée devant la bouleversante dignité du regard qu’il m’a adressé, avant de me répondre sans l’ombre d’une équivoque: «Oui, car pour quelqu’un comme moi qui a vécu toutes ces choses, il n’y a rien de pire que de voir un peuple qui a tout pour lui douter de sa valeur et de sa légitimité à ce point. Nous avons toutes les raisons d’être fiers de notre identité et nos quelques défaites ne sont rien en comparaison à tout ce qui a été accompli et à tout ce qu’il reste encore à faire.» 

Alors, chers amis, en ce jour qui, pour beaucoup, en est un d’amertume et de rancœur, je repense aux paroles de mon ami et je réalise que cette journée nous pose à tous, en contrepartie, une question fondamentale: est-ce qu’on veut vraiment repartir pour un autre 25 ans à regretter ce qui n’a pas réussi à se faire à l’époque, pour toutes les raisons que nous connaissons, et à nous maudire entre frères jusqu’à ce que le dernier d’entre nous à avoir connu ces événements s’en soit allé? 

Je ne peux évidemment répondre pour personne, mais ce que je sais, c’est que, chaque fois que je regarde dans les yeux de mon ami, qui a connu aux premières loges 1995 et la violence de son contrecoup, et qui pourtant est encore là, aussi déterminé, fier et valeureux qu’au premier jour, je me demande où est donc passée cette fabuleuse génération qui disait avoir compris ce que voulait dire sa libération?

Alors, en attendant que vous et moi trouvions la réponse, cette journée me ramène surtout à cette belle vérité disant que toute course qui se respecte... 

... se termine toujours au troisième tour.