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Vingt-cinq ans plus tard: le courage de rêver

Vingt-cinq ans plus tard: le courage de rêver

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Il y a 25 ans aujourd’hui, nous étions appelés à nous prononcer sur notre avenir collectif. Ce moment restera à jamais gravé dans notre mémoire comme l’un des plus grands succès au monde en matière de démocratie. Jamais ou presque un peuple n’avait tenté par le passé d’obtenir pacifiquement sa pleine liberté politique, et jamais on n’aura participé en si grand nombre à un exercice démocratique.

À l’heure où il est commun de dénigrer le « référendum », laissez-moi vous présenter notre trajectoire historique sur cette question, sous un autre angle que celui qui nous est répété constamment par les fédéralistes.  

De l’espoir au désenchantement

Durant certaines périodes de notre histoire, particulièrement entre 1985 et 1995, le Canada pouvait encore potentiellement faire rêver certains Québécois ou, à tout le moins, amener les gens à penser qu’un avenir meilleur était possible. Les fédéralistes québécois n’avaient pas comme seul projet le statu quo et tentaient activement de changer le Canada, dans un certain enthousiasme et avec l’espoir de donner une place minimalement acceptable au Québec. Cette vision politique n’est pas la nôtre, mais elle représentait un courant légitime dans les circonstances. 

Cette réalité a complètement changé après 1995. Le rêve de jadis, l’idéation, la promesse d’un avenir meilleur se sont transformés petit à petit en étouffement et en répression de l’espoir, entre autres parce que le référendum de 1995 fut gagné principalement grâce au thème de la peur. Les années suivant la défaite de 1995, elles, ont été ouvertement consacrées à l’affaiblissement des institutions québécoises qui avaient le potentiel de contribuer à la cause indépendantiste. Ce « moment de l’éteignoir » représente une triste période pendant laquelle non seulement nous n’avions plus de promesses d’un avenir meilleur, mais, en outre, on n’osait même plus soulever la question de la défense du meilleur intérêt du Québec. On a tout simplement permis la dévalorisation systématique et planifiée de ceux et de celles qui posent des questions légitimes sur les intérêts du Québec dans le cadre du Canada ou, pire, de ceux qui osent rêver. 

Cette dévalorisation de la cause nationale a mené à l’immobilisme dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Cet immobilisme est symptomatique du discours auquel nous avons eu droit au cours des 25 dernières années : celui du négativisme. À force de se faire constamment répéter que c’est impossible, que ça ne fonctionnera jamais, qu’on n’est pas assez bons pour y arriver, on finit parfois, à tort, par y croire. Cette perte d’estime de nous-mêmes et de notre capacité à nous projeter dans l’avenir n’est pas étrangère au déclin de la langue française et à l’infiltration de la corruption dans plusieurs des institutions québécoises au cours des dernières années; cela doit forcément nous amener à faire des bilans, 25 ans après le référendum. 

La nécessité de continuer

Vingt-cinq ans, et rien n’a été réglé, rien ne s’est amélioré. Au contraire, le fossé entre le Québec et le reste du Canada se creuse chaque jour davantage. Le Québec doit composer avec une société canadienne qui s’éloigne de plus en plus de ses intérêts économiques, linguistiques et culturels. Le refus d’opter pour un modèle économique basé sur la transition énergétique, le refus de protéger la langue française, le modèle d’intégration multiculturaliste qu’on nous impose, l’ingérence dans nos champs de compétence et de nombreux autres enjeux ne nous permettent pas d’envisager un pays dans lequel nous pourrions simplement vivre convenablement, à notre manière. Notre façon différente de voir le monde n’est pas non plus accueillie dans la simple indifférence; elle l’est avec une dose de mépris au quotidien. 

Bon nombre de ces facteurs font en sorte que plusieurs de nos concitoyens savent qu’une remontée de notre option est non seulement possible, mais également souhaitable. Une majorité de Québécois pensent que le débat sur la question nationale reviendra, et 40 % sont d’avis que le Québec devrait se dire oui. C’est un point de départ inouï. 

Je fais une prédiction : notre option n’a pas fini sa remontée, notamment parce que celle-ci coïncide avec l’arrivée de nouveaux entrepreneurs au sein de notre mouvement. Ces « entrepreneurs en pays », comme je les appelle, se disent qu’on a tout à gagner et que, comme dans n’importe quel défi d’entrepreneuriat, il y aura certes des défis à surmonter, des changements à faire, mais que ça en vaut la peine, car l’objectif est légitime. Il y a une demande constante et résiliente dans la population pour qu’on aboutisse enfin. C’est ce qui a redonné le goût à plusieurs d’entre nous de renouer avec un esprit d’aventure. 

Le retour de cet esprit d’aventure fera éventuellement boule de neige. Les entrepreneurs actuels en attireront d’autres. Il est là, l’avenir du mouvement indépendantiste : l’esprit d’entrepreneuriat, le courage de faire sienne une cause nécessaire et vitale et, malgré les calomnies, malgré les sempiternels commentaires négatifs, malgré la stratégie visant à déconsidérer cette mission légitime, des gens reprendront le flambeau et feront tout pour qu’il chemine, jusqu’à son aboutissement. 

C’est d’ailleurs exactement ce qu’ont fait nos prédécesseurs. Ce que nous tendons à oublier aujourd’hui, c’est que des hommes comme René Lévesque et Jacques Parizeau, pour lesquels nous n’avons que des éloges aujourd’hui, ont dû faire face aux mêmes défis de leur vivant. Au moment de reprendre le flambeau, ils ont subi une dévalorisation constante, voire des moqueries. On leur répétait, à eux aussi, que leur idéal était farfelu et impossible à atteindre. 

Or, chaque fois, ces hommes et ces femmes ont prouvé que la quête d’indépendance du peuple québécois transcendait les époques et les générations. Ils ont démontré que la ferveur d’un peuple à poursuivre sa marche vers la liberté est intarissable, pas tuable et, surtout, qu’elle « ne pourra pas toujours ne pas arriver ». C’est pour cette raison que nous avons le devoir de continuer et que nous allons continuer, jusqu’à ce que les Québécois deviennent un peuple normal, dans une démocratie normale. 

Nous ne partons pas de zéro. Il y a un effet cumulatif et progressif dans notre quête collective vers la liberté et la normalité qui a débuté avec les patriotes, et nous pouvons bénéficier des efforts et de l’expérience de ceux qui ont porté le flambeau des référendums précédents. À notre tour de porter ce flambeau et de donner un sens aux sacrifices de ceux qui nous ont précédés, en faisant aboutir le projet une fois pour toutes, pour le bénéfice des générations futures qui n’auront plus ce problème et cette insécurité à gérer. Aujourd’hui, le travail et l’entrepreneuriat. Demain, l’indépendance! 

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