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«Pleurer au fond des mascottes» de Simon Boulerice: de l’ombre à la lumière

Simon Boulerice, écrivain
Photo Ben Pelosse Simon Boulerice

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Artiste aux maintes qualités, écrivain hors pair et authentique, Simon Boulerice partage des bribes de son enfance et de son parcours dans son nouveau livre, Pleurer au fond des mascottes. Plongeant dans ses souvenirs, il raconte comment l’enfant grassouillet, l’ado renfermé et le jeune adulte complexé ont surmonté toutes sortes de défis pour devenir l’adulte qu’il est. Et comment ce qu’on lui reprochait – son sourire et sa légèreté – est devenu des qualités recherchées.

Dans trois récits à saveur autobiographique, Simon Boulerice alterne entre le passé et le présent pour dévoiler quelques pans de son histoire personnelle. Il raconte son enfance à Saint-Rémi, les rôles de mascotte qu’on lui attribuait, son besoin de voir sans être vu, en glissant vers la fiction.

«J’ai toujours aimé réinventer mon passé, retriturer ce que j’avais vécu. Tout semble vrai, alors que tout ne l’est pas, lance-t-il en entrevue. Et surtout, j’ai aimé avoir l’opportunité de revisiter l’arrivée du théâtre dans ma vie, qui m’a fait beaucoup de bien quand j’étais au secondaire et qui m’en a fait tout au long de ma vie. L’École de Théâtre m’a laissé mi-figue mi-raisin : j’ai eu des moments très heureux au sein de mon groupe que j’aimais beaucoup, mais c’est aussi assez douloureux par moments. C’est très formateur et très douloureux.»

Il a essayé de cerner des moments avec des mascottes. «J’ai fait beaucoup de contrats de mascottes par le passé, et il y en a une qui représente bien mon secondaire. C’est quand j’étais Didi, la mascotte de la Croix-Rouge. Une grosse ceinture de sécurité.» Il faisait donc partie du défilé de la fête nationale à Saint-Rémi, apportant joie et câlins aux spectateurs. «J’adore le paradoxe de voir sans être vu. Même les gars les plus virils et les plus douchebags ont besoin aussi de faire des câlins », commente l’écrivain qui est entré dans l’Union des Artistes en faisant la mascotte pour Loto-Québec.

«J’ai eu tous mes contrats de l’Union des artistes en faisant ça. Je trouvais paradoxal qu’un étudiant en littérature à l’UQAM ait bifurqué pour aller en théâtre et se retrouve dans l’UDA en ne pouvant pas parler, en se dépouillant de la parole. À part le Bonhomme Carnaval, la mascotte est silencieuse pour préserver l’énigme qu’elle peut représenter.»

Sa vulnérabilité

Simon Boulerice a eu envie d’aller derrière le fameux sourire qu’il arbore constamment. «Mon défi a été de retirer les voiles et laisser toute la place à ma vulnérabilité.»

On lui a souvent reproché des traits de sa personnalité qui le rendent unique et si attachant : sa bonne humeur, sa joie de vivre, son sourire. Comment peut-on discréditer quelqu’un à ce point pour ce qu’il est, profondément?

«Je pense qu’il y a quelque chose de confrontant à voir, à l’écran, quelqu’un qui assume tout ce qu’il est et qui préserve son émerveillement. Des fois, il y a des réactions un peu méprisantes. La gentillesse est souvent mal vue, comme si c’était une forme de faiblesse, un manque d’intelligence.»

Il s’est toujours inscrit en faux contre l’idée qu’être gentil, c’était ne pas être capable d’ironie. «Je peux être hyper ironique, mais j’ai décidé d’être dans la bienveillance, dans la vie. Je pense que c’est une décision payante, au final, même si ça peut frustrer certaines personnes.»

Le sourire radieux de Sœur Angèle, qu’il voyait à la télé étant jeune, lui a même servi de modèle instantané. «Je me suis demandé si j’allais un jour pouvoir accéder à cette lumière-là, moi qui aimais tellement être dans l’ombre.»  

  • Simon Boulerice navigue entre le jeu, la mise en scène, l’écriture.  
  • Il a écrit une cinquantaine de titres : des romans, de la poésie, des pièces de théâtre, tant pour les adultes que pour les enfants. 
  • Ses œuvres sont traduites en sept langues et ont été en nomination pour de nombreux prix. 
  • Il scénarise la nouvelle mouture de Passe-Partout et signe tous les textes de la série Six degrés, qui sera prochainement présentée à Radio-Canada.  

EXTRAIT 

Pleurer au fond des mascottes<br/>
Simon Boulerice<br/>
Éd. Québec Amérique, 192 pages.
Photo courtoisie
Pleurer au fond des mascottes
Simon Boulerice
Éd. Québec Amérique, 192 pages.

«Didi fait des pitreries dans Saint-Rémi. Cette parade sous la peau d’une grosse veste de sauvetage est ma dernière activité publique dans ma ville natale. Dans deux mois, je la quitterai pour Montréal. J’entamerai alors mes études en arts et lettres, profil lettres, au cégep de Saint-Laurent. Le Saint-Rémois (si peu serré, si peu embrassé) deviendra un simple Montréalais.»