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Des solutions au problème de pénurie d’infirmiers et d’infirmières

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Je suis un infirmier retraité du réseau de la santé depuis juin 2019, et j’y ai travaillé durant 38 années. J’ai été le témoin de sa transformation tant sur le plan du vécu des employées de terrain qu’en matière de gestion, puisque j’ai occupé les deux fonctions. 

J’ai décidé de prendre ma retraite, car il était devenu pour moi difficile d’appliquer les consignes en provenance de la haute direction, car celles-ci ne concordaient plus avec mes valeurs. Les conditions de travail que je devais imposer à mon personnel, je les aurais refusées en tant qu’employé.

Depuis des années, on met l’emphase sur le manque de personnel infirmier et sur l’incapacité du système à répondre aux besoins de la population. Cependant, est-ce que l’on pose la bonne question ou avons-nous peur d’y trouver la vraie réponse?

Où sont les infirmières?

Selon le rapport Rapport statistique sur l’effectif infirmier 2018 2019, publié par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec en 2019, l'effectif infirmier est en croissance constante depuis le début des années 2000. Alors, lorsqu’on essaie de nous faire croire, qu'il y a moins d'infirmières maintenant et que l’on est en pénurie; c’est faux. Nous sommes passés de 69 242 infirmières en 2014-2015 à 71 487 infirmières en 2018-2019, selon le rapport.

Ma compréhension de la situation est celle-ci: la pénurie est engendrée par deux processus, soit l’extrême mauvaise gestion des absences, de l'assurance salaire et de la CNESST, et l’émergence des agences de placement infirmier.

Un grand nombre des infirmières en absence maladie le sont pour des motifs d’épuisement professionnel en lien avec les conditions lamentables de travail qui leur sont imposées par la haute direction des CISSS et des CIUSSS.

Ce «power trip» de la part des gestionnaires s’est drastiquement accentué avec la pandémie, où, sous le coup d’un arrêté ministériel, les gestionnaires se retrouvent avec le plein pouvoir de faire tout ce qu’ils veulent au détriment de conventions collectives, mais surtout au détriment des travailleurs qui tombent comme des mouches, depuis mars 2019.

Abolir les agences de placement infirmier

Au second plan, les agences de placement infirmier. Les gouvernements, les uns après les autres, obligent les institutions à diminuer la «MOI», soit la main-d’œuvre indépendante, mais sans jamais intervenir directement au cœur de ce problème.

Les agences de placement sont une entourloupette administrative qui permet aux travailleuses de la santé de démissionner de leur poste le vendredi et souvent de revenir travailler sur ce même poste le lundi suivant, mais cette fois-ci selon leurs propres exigences. Elles travaillent les jours qu’elles désirent, prennent leurs vacances lorsqu’elles le veulent, ne sont pas soumises aux heures supplémentaires obligatoires et elles gagnent un meilleur salaire que leurs consœurs dans le réseau.

Si le gouvernement acceptait d’agir en gouvernement responsable et imputable de la situation qu’il a engendrée depuis des décennies, celle-ci pourrait être endiguée rapidement. Selon moi, la gestion proactive et efficiente des absences maladie de toute sorte ainsi que l’abolition des agences de placement infirmier font partie des solutions au cancer qui ronge le système de la santé au Québec.

Le projecteur est sans cesse en direction du personnel soignant et des syndicats. Il est maintenant temps de mettre le projecteur sur l’inefficacité honteuse des gestionnaires à faire leur travail ainsi que sur le manque de courage du gouvernement.

On refuse sa candidature

J'ai moi-même été confronté à la mauvaise gestion des effectifs. Le 25 septembre dernier, j'ai posé ma candidature sur le site «Je contribue», afin d’aller prêter main-forte pour faire des enquêtes pour la Santé publique, pour que le système de santé puisse récupérer des infirmières et les retourner aux soins des patients.

J’étais disposé à travailler 5 jours semaine, sur 2 quarts de travail différents, mais on a refusé ma candidature parce qu'on m'obligeait à travailler une fin de semaine sur deux.

Je ne crois pas que l’on puisse, dans les circonstances, se permettre de refuser une candidature qui peut venir prêter main-forte au réseau de la santé. Ceci illustre bien la déconnexion à la réalité de la part des gestionnaires et de leur besoin de «power trip» insatiable qui surpasse largement les besoins populationnels.

Steeve Bonenfant, Infirmier retraité

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