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L’un de nos plus courageux journalistes nous a quittés

Michel Auger avait survécu il y a 20 ans à six balles dans le dos, dans le stationnement du Journal de Montréal

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Le journaliste vedette Michel Auger, qui a échappé à la mort sous les balles des Hells Angels dans le stationnement du Journal il y a 20 ans, s’est éteint hier à 76 ans, des suites d’une pancréatite aiguë.

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« C’est très subit. Moi, je vis un deuil personnel et professionnel. Les journalistes, on en perd un grand, a confié en après-midi son petit-fils Nicolas Bourcier, 22 ans, qui suit fièrement les traces de son grand-père dans le domaine du journalisme. Pour moi, c’est un modèle de liberté de presse. » 

Michel Auger est décédé quelques heures plus tôt, vers midi, dans un centre hospitalier de Montréal, entouré de ses proches.

Ils étaient sous le choc, tant l’état de santé de l’homme de 76 ans s’est détérioré rapidement. Il s’était rendu à l’hôpital vendredi.

L’attentat de 2000

Il y a peu de temps, M. Auger se disait encore en pleine forme lors d’un entretien en prévision des 20 ans de l’attentat qui a bien failli lui coûter la vie.

Le 13 septembre 2000, le célèbre journaliste a été atteint de six projectiles dans le dos, à la suite d’une attaque orchestrée par le chef des Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher (voir autre texte en page 16).

« Après avoir frôlé la mort, Michel avait décidé de mordre dans la vie comme jamais, de prendre des décisions pour lui. Il faut se souvenir de cet enseignement et de son courage exemplaire comme journaliste », souligne Dany Doucet, rédacteur en chef du Journal de Montréal.   

  • Michel Auger était l'invité de Benoit Dutrizac, le 14 septembre dernier, afin de souligner le 20e anniversaire de l'attentat dont il avait été victime:  

Né à Shawinigan en 1944, M. Auger a fait ses premières armes dans les médias de la Mauricie, avant d’effectuer des passages au Montréal-Matin, à La Presse et chez CBC. 

Il s’était joint à l’équipe du Journal de Montréal en 1984, avec qui il a passé plus d’une vingtaine d’années à suivre le monde interlope avant de remiser sa plume en 2006. 

« J’ai eu la chance de côtoyer Michel Auger au [Journal], un vrai professionnel et un agréable boute-en-train », a pour sa part écrit sur Twitter Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor. 

Curieux et passionné

Si l’histoire de son attentat demeurera celle qui a marqué sa carrière et qui avait fait de lui une légende vivante (voir autres textes), il était bien plus qu’un journaliste connu à travers le pays.

« C’est un père aimant, un homme curieux. Mais ce qui le définissait le plus, c’est qu’il était un passionné », énumère sa fille Guylaine Auger, 52 ans.

  • Écoutez le journaliste André Cédilot sur son ancien collègue Michel Auger

Parmi les souvenirs les plus vifs de sa jeunesse, elle revoit son père assis avec sa pile de journaux. Il a toujours eu les mains salies d’encre, s’est-elle ensuite remémorée, un sourire dans la voix.

« Mon grand-père est la personne la plus courageuse que je connaisse. Il n’avait peur de rien. C’était impressionnant », ajoute Nicolas Bourcier.

L’attentat qui a tout changé  

Deux jours après l’attaque, Michel Auger avait tenu à rassurer ses collègues et lecteurs depuis son lit d’hôpital.
Photo d'archives
Deux jours après l’attaque, Michel Auger avait tenu à rassurer ses collègues et lecteurs depuis son lit d’hôpital.

Le 13 septembre 2000, tandis qu’il ramassait son ordinateur portable à l’arrière de son véhicule, Michel Auger a été la cible d’une fusillade orchestrée par le chef des Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher. 

Criblé de six projectiles, le journaliste spécialisé dans les affaires criminelles s’est alors effondré dans le stationnement du Journal de Montréal où il travaillait. C’est lui-même qui a appelé les secours. 

Le 13 septembre 2000, le journaliste Michel Auger a été atteint par six projectiles dans le stationnement du Journal de Montréal.
Photo d'archives
Le 13 septembre 2000, le journaliste Michel Auger a été atteint par six projectiles dans le stationnement du Journal de Montréal.

Quant au tireur, un jeune sympathisant des Hells en quête d’un statut au sein de la bande, il a plus tard été identifié par les autorités, sans jamais être accusé, faute de preuves solides. 

L’attentat commis en pleine « guerre des motards » avait scandalisé le milieu journalistique, et bon nombre de Québécois, qui ont manifesté dans les rues de Montréal contre la violence gratuite des motards, réclamant aux politiciens des mesures concrètes pour pallier le problème.

Le même jour, près d’un millier de journalistes ont manifesté dans les rues de Montréal.
Photo d'archives
Le même jour, près d’un millier de journalistes ont manifesté dans les rues de Montréal.

Michel Auger est devenu par la force des choses une sorte de symbole dans la lutte contre le crime organisé, tout comme un défenseur de la liberté d’expression. 

Il a d’ailleurs été récipiendaire du Prix de la libre expression décerné en 2000 par l’Union internationale de la presse francophone (UPF) pour avoir, « dans un environnement difficile, maintenu son indépendance malgré les atteintes à sa personne ». 

- Roxane Trudel et Jonathan Tremblay