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Une majorité au Sénat à la portée des démocrates

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Mardi, les démocrates ont de bonnes chances d’augmenter leur majorité à la Chambre des représentants et de reprendre le Sénat aux républicains. Voici mes prévisions pour les élections au Sénat, où 35 des 100 sièges sont en jeu. 

Ce matin, je publiais mes prévisions pour l’élection présidentielle, qui sont plutôt optimistes pour ceux et celles qui souhaitent voir Donald Trump se faire montrer la porte. Il est toutefois difficile de concevoir qu’un nouveau président démocrate puisse parvenir à corriger la trajectoire des politiques mises en place par l’administration Trump sans un contrôle démocrate des deux chambres du Congrès. Un tel scénario est non seulement possible, mais probable. J’en ai déjà parlé en détail dans ma chronique du 6 octobre et dans un billet de blogue en mai dernier.

Pour ce qui est de la Chambre des représentants, le seul suspense qui subsiste est celui de déterminer la taille de l’augmentation de la majorité des démocrates. C’est pourquoi je me penche ici uniquement sur l’autre chambre du Congrès, où chacun des 50 États détient deux sièges.

Un gain républicain et quatre gains démocrates

Au Sénat, il y a actuellement 53 républicains et 45 démocrates, auxquels se joignent deux alliés indépendants pour un total de 47. Mardi, 23 sièges républicains et 12 sièges démocrates sont en jeu. Comme on peut raisonnablement s’attendre à ce que les démocrates perdent le siège qu’ils ont gagné par un accident du sort en 2018 en Alabama, quatre sièges républicains devront changer de mains pour que le contrôle passe aux démocrates. Ceci ferait passer le score à 50-50. Avec une victoire (probable) de Joe Biden, le nouveau Sénat serait présidé par Kamala Harris, qui pourrait faire pencher la majorité vers son parti en cas d’égalité.

Les sénateurs en poste ont un avantage considérable d’entrée de jeu, soit en raison de la concentration de partisans dans leur électorat ou par le simple fait qu’ils sont mieux connus et qu’ils ont eu des années pour attirer des largesses fédérales dans leur État. Neuf sénateurs républicains et onze démocrates sont donc virtuellement assurés d’être réélus ou assez nettement favoris (en rouge vif et bleu foncé sur la carte). Un démocrate, Doug Jones en Alabama, sera fort probablement délogé par le républicain Tommy Tuberville (en rose foncé). Quatre républicains ont de très bonnes chances de subir le même sort (en bleu clair sur la carte). Au Colorado, l’ex-gouverneur démocrate John Hickenlooper devrait vaincre Cory Gardner. Au Maine, la démocrate Sara Gideon devrait l’emporter sur Susan Collins. En Arizona, l’ex-astronaute Mark Kelly est favori pour déloger Marth McSally, nommée en remplacement du sénateur républicain John McCain. En Caroline du Nord, même si le démocrate Cal Cunningham a été mêlé à une affaire embarrassante de textos osés, les sondages continuent à lui donner le dessus sur le républicain en poste, Thom Tillis.


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Quatre sièges où tout peut arriver

Le solde des réélections quasi assurées et des renversements probables donnerait donc exactement 50 sièges aux démocrates, qui devraient donc conserver le contrôle du Sénat. À ces 50 sièges pourraient s’ajouter quatre autres qui me paraissent tout à fait prenables par les démocrates, et je ne serais pas étonné qu’ils ravissent deux des quatre sièges désignés en gris sur la carte. 

En Iowa, la républicaine Joni Ernst est talonnée par la démocrate Theresa Greenfield, plusieurs sondages indiquant qu’elle pourrait bénéficier d’une poussée d’insatisfaction à l’égard d’une sénatrice qui n’aurait pas défendu assez âprement les intérêts de l’État, notamment en matière de commerce agricole. 

En Caroline du Sud, le controversé vétéran du Sénat Lindsey Graham fait face à un jeune candidat afro-américain dynamique en la personne de Jaime Harrison, qui a su monter une machine électorale impressionnante. Harrison pourrait aussi bénéficier de la désillusion des électeurs de son État à l’égard de Graham, qui a louvoyé allègrement sur de nombreux sujets, notamment son appui à Donald Trump. Dans cet État pivot, le courant de rejet de Donald Trump qui se dessine pourrait emporter le coloré sénateur républicain.  

Au Montana, la course est très serrée. Dans cet État par ailleurs fidèle au président Trump, le candidat démocrate au Sénat est l’actuel gouverneur de l’État, Steve Bullock, qui a été reconduit à ce poste en 2017 malgré le fort appui que le Montana avait accordé à Donald Trump en 2016. Les sondages indiquent une égalité virtuelle entre lui et l’actuel sénateur républicain Steve Daines. 

Finalement, tous les yeux seront tournés vers la Géorgie mardi soir. Non seulement cet État pourrait causer la surprise en basculant du côté démocrate à la présidence, mais son actuel sénateur, Will Perdue, est dans l’eau chaude face à un jeune adversaire coriace, le démocrate Jon Ossoff. La semaine dernière, Ossoff a littéralement éviscéré Perdue lors du deuxième débat télévisé de la campagne, au point où Perdue a annulé sa participation au troisième débat, qui devait avoir lieu aujourd’hui. L’autre course au Sénat en Géorgie est une élection spéciale pour pourvoir un siège vacant, où il n’y a pas eu de primaires. Il faudra attendre un deuxième tour pour y déterminer un gagnant, et les républicains sont favoris pour conserver le siège. 

Somme toute, j’estime très probable que deux de ces quatre sièges basculent vers les démocrates, ce qui leur assurerait la majorité au Sénat. 

Si la vague bleue devient tsunami

Si la vague bleue se transforme en raz-de-marée démocrate, les républicains du Sénat ne seraient pas au bout de leur peine, car quelques autres sièges sont prenables pour les démocrates (en rose). Au Kentucky et au Texas, les candidates démocrates, toutes deux d’anciennes pilotes de chasse de l’aviation américaine, pourraient causer de grandes surprises. 

Au Kentucky, le leader de la majorité républicaine Mitch McConnell a pris un peu à la légère les débats contre Amy McGrath, qui a livré une performance solide. Les sondages indiquent une majorité pour McConnell, mais il n’y en a pas beaucoup et les rapports sur le terrain suggèrent une lutte plus serrée. 

Au Texas, la démocrate MJ Hegar tire de l’arrière par cinq ou six points derrière le vétéran John Cornyn, mais la vague impressionnante de participation des démocrates au vote par anticipation et la campagne inlassable menée par la vedette du parti Beto O’Rourke dans le Lone Star State ouvrent la porte à un renversement possible. 

À ces deux sièges convoités par des candidates démocrates qui n’ont pas froid aux yeux s’ajoutent ceux du Kansas, de l’Alaska et le deuxième siège en jeu en Géorgie, qui devraient probablement rester aux républicains, mais ne sont pas entièrement à l’abri d’une surprise.

Mardi soir, l’attention sera naturellement tournée vers la présidentielle et les États clés du collège électoral, mais il ne faudra pas oublier les courses au Congrès et surtout celles qui détermineront le contrôle du Sénat. Pour les démocrates, une majorité au Sénat est un élément fondamental de ce qui leur permettra de reprendre l’initiative politique après quatre années de présidence Trump et après six ans de contrôle républicain du Sénat, qui ont vu entre autres la magistrature fédérale et la Cour suprême basculer nettement vers la droite. Comme les républicains qui resteront en poste risquent de reprendre la stratégie d’opposition systématique qui était la leur pendant les années Obama, chaque siège supplémentaire représentera un atout considérable pour Joe Biden s’il s’empare de la présidence. 

Ma prévision pour le Sénat: Gain de cinq sièges pour les démocrates (plus ou moins deux), résultant en 50 à 54 sièges démocrates (ou alliés aux démocrates) sur 100.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM