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QAnon: une opération de désinformation GRU?

QAnon: une opération de désinformation GRU?
Photo d'archives, AFP

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Un mystérieux personnage, initié aux complots les plus biscornus, domine l’imaginaire des partisans de Trump. Personne ne sait qui est QAnon (Q anonyme), la stupidité virale pro-Trump largement répandue sur les réseaux sociaux. Les connards convaincus qui font partie de la mouvance QAnon supposent que «Q» est un proche du président.

Il affirme que Trump est un héros qui protège le monde d'une cabale de pédophiles adorateurs de Satan. Des démocrates et des célébrités hollywoodiennes dirigeraient un réseau mondial de trafic sexuel d’enfants qu'ils tuent pour leur sang. Des trolls robots russes associent le nom d'Hillary Clinton à ces informations mensongères. 

QAnon prédit que Trump, dans un événement appelé «The Storm», va procéder à l’arrestation massive et à la possible exécution de personnalités de Washington responsables du trafic sexuel d'enfants. Les «groupies» QAnon sont aussi convaincus que Trump va prévenir un coup d'État ourdi par Barack Obama, Hillary Clinton et le milliardaire George Soros. C’est vraiment à se demander comment on peut être aussi imbécile. 

C’est d’une absurdité tellement démentielle qu’on peut penser qu’il s’agit d’un canular anti-Trump imaginé par des farceurs voulant ridiculiser ses partisans naïfs et crédules. Ils ne sont pas seulement stupides, ils sont aussi dangereux. Le FBI considère la mouvance QAnon comme source potentielle de terrorisme intérieur.

Signe inquiétant de la vulnérabilité des crétins pro-Trump, aux ragots les plus insensés, un sondage Yahoo News/YouGov révèle que 50% de ceux qui appuient Trump croient aux bêtises immondes et ignobles de QAnon.

Cette folie virale est devenue une véritable pandémie politique. Selon NBC News, il existe aux États-Unis des milliers de groupes QAnon avec des millions de membres. Des dizaines de candidats à l’investiture républicaine au Congrès adhèrent aux thèses de QAnon et au moins trois d’entre eux ont remporté les primaires du GOP. Trump refuse absolument de dénoncer la mouvance QAnon, «des gens qui aiment notre pays», selon lui.

Qui donc a intérêt à infecter du virus QAnon la société américaine? Je suis de ceux qui soupçonnent qu’il s’agit d’une opération de désinformation du GRU, le service secret des forces armées russes.

Qanon ne serait d’ailleurs pas la première opération de ce genre menée par Moscou. L’enquête Mueller a révélé que le personnage fictif en ligne Guccifer 2.0 était une création du GRU. Le prétendu pirate informatique a divulgué aux médias des documents embarrassants piratés au Comité national démocrate (DNC) en 2016 pour favoriser l’élection de Trump.

Comme il fallait s’y attendre, QAnon, dans un message en ligne, a absous la Russie du piratage du parti démocrate et il a mis en doute l'ingérence russe dans la politique américaine. Il s’en est aussi pris au Global Engagement Center, l'unité du Département d'État chargée de lutter contre l'ingérence russe.

Cindy Otis, experte en cybersécurité sur la désinformation et ancienne analyste de la CIA, a déclaré à l’agence Reuters que RT, Sputnik et d'autres organes de propagande russes en ligne reprennent les absurdités de QAnon

La montée de la pensée conspirationniste aux États-Unis est le produit de deux tendances concomitantes: une baisse de confiance dans les institutions et un environnement de médias sociaux qui facilite la diffusion de fausses nouvelles et de rumeurs loufoques tout en compliquant la tâche de les démentir.

Avant de prendre des mesures pour les éradiquer, Facebook et YouTube ont favorisé la propagation des théories conspirationnistes: leurs algorithmes sont conçus pour présenter aux utilisateurs des contenus qui renforcent leurs croyances et leurs préjugés en fonction de ce qu’ils recherchent et en leur fournissant des résultats de plus en plus extrêmes dans le but de les garder sur leurs sites.

Même si le GRU n’a pas créé QAnon, les Russes l’utilisent certainement. C’est un excellent instrument pour favoriser le chaos politique aux États-Unis afin de déstabiliser le pays et de réduire son influence et ses capacités d’intervention sur la scène internationale.