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Que ferions-nous sans les Américains?

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Photo d'archives, AFP Les É.-U. de Donald Trump (au centre) ont renégocié l’accord qui régulait les relations commerciales avec le Canada de Justin Trudeau (à sa droite) et le Mexique depuis 1994. Ici, la cérémonie de signature de la nouvelle entente, en novembre 2018, en Argentine.

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Il y a quatre ans, nos exportateurs ont eu la frousse de leur vie en voyant Donald Trump accéder à la présidence. Le peu de recul que nous avons montre qu’ils avaient raison.

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Des tarifs douaniers imprévisibles à la renégociation de l’ALENA, nous avons évité de peu que le ciel nous tombe sur la tête. 

Nous n’étions pas prêts.

Le grand public a ainsi réalisé l’importance de mieux diversifier notre stratégie d’exportation pour réduire cette dépendance. Voilà une excellente idée. Mais il est illusoire de penser que nous pourrions, du moins à court terme, nous affranchir des États-Unis.

Nous resterons partenaires

Pour des raisons culturelles évidentes, beaucoup de Québécois aimeraient qu’on remplace les États-Unis par des partenaires plus « recommandables ». Par exemple en nous rapprochant de la France, avec laquelle nous partageons une langue et des siècles d’histoire.

Or, ce n’est pas parce qu’on écoute Aznavour et qu’on aime manger des macarons qu’on doit traiter le voisin du Sud comme une mauvaise fréquentation.

La réalité reste la réalité : environ 20 % de l’économie québécoise dépend directement de nos exportations américaines. C’est énorme, et c’est pour cela que nous devons changer notre attitude envers les États-Unis. Être plus pragmatiques dans notre approche.

Lors de la présentation de sa stratégie d’exportation en 2016, le gouvernement du Québec avait publié des statistiques très évocatrices, dont les ordres de grandeur sont encore valables aujourd’hui.

Nous exportions 346 % plus vers l’État de New York seulement que vers la France. 

L’Ohio était un client 3,15 fois plus gros que le Royaume-Uni. 

Le Vermont achetait presque trois fois plus de produits québécois que l’Allemagne entière.

Encore beaucoup d’irritants

Cela dit, si un pays agit seulement dans son propre intérêt, c’est bien le cas des États-Unis. Et son comportement protectionniste est parfois à faire peur.

On pense d’abord au conflit du bois d’œuvre, qui a coûté des dizaines de milliers d’emplois, particulièrement au Québec et en Colombie-Britannique. Qui a mis à terre certaines de nos régions.

Dans ce conflit commercial qui dure depuis 1981, rien ne semble satisfaire notre soi-disant partenaire. Et cela, peu importe le parti au pouvoir ou la personne qui occupe le siège du président.

Il y a aussi les grandes sociétés technologiques américaines, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), dont l’éthique fiscale laisse à désirer. Mais surtout, qui possèdent tout de nous. Toutes nos vies et toutes nos données. On dirait presque une nouvelle forme de colonialisme.

À l’Ouest, l’Alberta rêve depuis des années de son pipeline Keystone XL, qui sera probablement mort et enterré dès le lendemain d’une victoire de Joe Biden. Pas que j’aime particulièrement ce projet... mais ça demeure un bon exemple de cas où le Canada est traité comme un « second violon ».

Une relation à polir

Devons-nous pour autant abandonner cette relation commerciale amour-haine ? Aller voir ailleurs le plus vite possible ? S’éloigner politiquement de l’Américain mal aimé ? Cette stratégie nous a coûté cher dans le passé, à plus d’une reprise.

Suite à l’appui tacite de la Grande-Bretagne pour les sudistes lors de la guerre de Sécession, les Américains ont mis fin à notre premier traité de libre-échange avec eux en 1866. Nous étions si isolés que le Canada a dû être créé pour développer de nouveaux marchés.

Malgré des rapprochements ponctuels, près d’un siècle s’écoulera avant qu’une autre entente substantielle soit signée entre les deux pays. 

Ce fut le Pacte de l’automobile, en 1965, qui favorisa principalement l’Ontario.

La relation bilatérale fut mise à mal par Pierre-Elliott Trudeau dans les années 1970. L’attitude hautaine de Trudeau à l’égard des États-Unis ne passait tout simplement pas avec le président Nixon. Pas plus que son amitié avec le dictateur communiste Fidel Castro.

Heureusement, les pots cassés ont été recollés. Nous surfons, encore aujourd’hui, sur la vague de libre-échange que l’on doit à Brian Mulroney et à Ronald Reagan. Ce coup de génie n’est d’ailleurs pas apprécié à sa juste valeur par certains.

Morale de l’histoire ? Si le Québec doit s’affranchir des États-Unis, il devra agir doucement et modestement. Sans brusquer l’Oncle Sam, qui a tendance à se fâcher fort et à bouder longtemps quand on le froisse.


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM

Valeur des exportations québécoises en milliards $ (2015)       

  • New York | 6,88  
  • Ohio | 4,54  
  • Texas | 4,04  
  • Pennsylvanie | 3,65  
  • Vermont | 3,08  
  • France | 1,54  
  • Royaume-Uni | 1,44  
  • Allemagne | 1,16